Aurélie Spiaggia présente Où se cachent les Abeilles, son premier roman

Aurélie Spiaggia présente Où se cachent les Abeilles, son premier roman

Bonjour Aurélie et bonne année 2019 ! Tu n’en es pas à ton coup d’essai avec Reines de cœur puisque tu as déjà publié trois nouvelles, mais Où se cachent les abeilles sera la sortie de ton premier roman. Comment te sens-tu par rapport à cela ?

Bonjour et bonne année à toute l’équipe de Reines de cœur et aux lectrices !

Je suis très excitée et très nerveuse quant à la sortie de mon roman. Ce fut un travail de longue haleine qui a occupé une grande partie de mon année 2018, et je suis partagée entre la hâte de le faire découvrir aux lectrices, et la peur du chemin que les personnages vont prendre. En fait, c’est un peu comme de se préparer pour une grande rencontre : j’ai les jambes molles quand j’y pense.

Pourrais-tu nous présenter Où se cachent les abeilles ?

Il s’agit d’un roman auquel j’ai commencé à penser il y a plusieurs années, et que je ne pensais pas être un jour capable de terminer. J’avais d’envie d’écrire une sorte d’enquête, mais comme je n’aime pas les meurtres en rafale, j’ai décidé que mes personnages enquêteraient sur leurs propres profondeurs, ce qu’elles se sont caché à elles-mêmes ou n’ont jamais dit à personne. Je souhaitais aussi faire une galerie de personnages féminins assez forts, comme toutes les femmes que l’on peut croiser et qui font partie de notre histoire.

Mais pour être plus concrète, c’est l’histoire de Clémence, infirmière psychiatrique qui tombe sur la carte postale d’un village dans la chambre d’une patiente, et décide d’y partir en week-end pour décrocher un peu de sa vie. Là, elle rencontre Barbara, qui va remettre pas mal de choses en question. C’est aussi l’histoire de Solange, 17 ans, qui joue sur des forums au début d’Internet et comprendra grâce à l’aide de son amie Margaux qu’elle préfère les filles. C’est aussi l’histoire de Delphine, cinquantenaire indépendante et pleine de projets, ou de Magali, jeune artiste peintre en lutte contre l’anorexie. Bref, ce sont des chemins qui se croisent pour ne plus jamais faire demi-tour.

J’ai lu dans tes remerciements que l’idée de ce roman est née dans un presbytère. C’est vraiment original. Peux-tu nous en dire plus sur la genèse de l’histoire ? Comment est venue ton inspiration et quel est le lien avec le presbytère ? Joue-t-il un rôle dans ton roman ?

En effet, j’ai la chance d’avoir ici un ami qui a racheté un presbytère il y a quelques années. J’essaie d’y aller au moins une fois par an, car c’est un lieu qui m’inspire énormément, notamment grâce à la quiétude qui y règne. Je ne sais jamais très bien expliquer comment les idées naissent, mais c’est environ il y a quatre ans, avant ma première visite au presbytère, que j’ai commencé à avoir l’idée de l’histoire racontée dans le roman. La grande bibliothèque de mon ami, pleine de vieux ouvrages, a été un déclencheur. Par la suite, j’ai pu démêler quelques fils du roman à chacune de mes visites. Finalement, je crois que je pensais beaucoup au presbytère pour toutes les scènes qui se déroulent au village, et la maison de Barbara est d’ailleurs largement inspirée de celle de mon ami.

On peut qualifier Où se cachent les abeilles de roman dit « à tiroirs ». Pourrais-tu expliquer aux lectrices de quoi il s’agit ? Est-ce un exercice d’écriture difficile ?

Hum… Comment répondre à ça clairement sans emmêler tout le monde ? Les chapitres de roman sont alternés entre une action qui se passe au présent, et une action qui a lieu au début des années 2000. Il n’y a qu’un seul personnage en commun à ces deux époques, et il serait tout à fait possible de ne lire que les chapitres impairs, ou au contraire les chapitres pairs, jusqu’au moment où les histoires finissent par rentrer en contact l’une avec l’autre.

Réfléchir la structure du roman a été, je crois, ce qui m’a pris le plus de temps, plus encore que de l’écrire. Je voulais disséminer des images pour que les époques se fassent écho, sans pour autant trop révéler de l’histoire. J’ai fait beaucoup de plans et de tableaux de chronologie. Malgré la difficulté de l’exercice, j’y ai pris beaucoup de plaisir.

Plusieurs femmes fortes font office de personnages principaux. Concentrons-nous sur Clémence qui est infirmière. Elle ne respecte plus le code de conduite requis par son travail. Est-ce que c’était un choix de direction compliqué à prendre pour ton personnage ? Remettre en cause son professionnalisme et sa carrière ?

De manière générale, je crois que j’écris souvent sur les moments de remises en question. J’aime arriver dans la vie des personnages dans un tournant, un instant de fragilité qui va exiger qu’il y ait une reconstruction. Comme Clémence voit les fondations de son identité vaciller, je ne souhaitais pas que cela touche seulement sa vie sentimentale. J’aimais l’idée qu’elle réinterroge complètement ses valeurs. Il allait donc de soi qu’elle change de comportement également dans son travail, qui était, avant le début de l’histoire, un aspect très important de son identité.

On suit en parallèle l’histoire de la jeune Solange à travers son journal intime. C’est intéressant de passer de la narration à la troisième personne à la narration à la première personne, surtout au sein d’un même ouvrage. Qu’as-tu préféré écrire ?

C’est drôle que tu me demandes ça, parce que la question de la narration s’est beaucoup posée au début de mon travail d’écriture. Elle m’a d’ailleurs paralysée quelques mois. Je ne savais pas si j’allais être capable de faire un passage entre deux voix si différentes, et si les lectrices allaient vouloir me suivre.

Dans ma vie personnelle, je travaille beaucoup avec les adolescents et j’ai déjà écrit avec cette voix-là dans Une si belle erreur. Je voulais me prêter au jeu à nouveau. Et puis, l’adolescence de Solange se passe au début des années 2000, alors chaque moment d’écriture était un petit bonbon du passé. Ce sont aussi les parties du livre les plus légères, avec notamment le personnage de Margaux, l’amie que j’aurais adoré avoir.

J’avoue que pour la première fois, c’est assez difficile pour moi de trouver des questions à poser, certainement parce que la trame de ton histoire sort vraiment de l’ordinaire et que je n’ai pas envie de trop en dévoiler, je préfère laisser la surprise aux lectrices et lecteurs. Est-ce qu’il y a des choses sur lesquelles tu aimerais insister si mes questions ne t’en ont pas laissé la possibilité ?

Non, je crois qu’on a fait le tour. J’espère ne pas en avoir trop dit dans mes réponses non plus. Je souhaite que les lectrices et lecteurs se laissent aller dans cette multitude d’histoires et s’attachent aux personnages, comme je m’y suis attachée.

Posts connexes

Répondre

Vous devez être connecté pour afficher un commentaire