Interview des Fondatrices de R2C : Isabelle B. Price répond aux questions d’Avril Cara

Interview des Fondatrices de R2C : Isabelle B. Price répond aux questions d’Avril Cara

Bonjour Isabelle, et merci de te prêter au jeu des questions/réponses ! Ne t’inquiète pas, tout se passera bien 😉 Pour nous mettre dans le bain, je commence par un sujet plutôt simple : qu’elles sont les tâches que tu effectues chez Reines de Cœur ? Est-ce qu’il y a des choses que tu gères, contrairement à Edwine et Gaëlle ?

Bonjour, je ne suis pas du tout stressée, si Gaëlle a survécu, je devrais pouvoir faire de même ! 😉

Alors, concrètement, de mon côté, je suis un peu comme un couteau Suisse, multitâches. Comme Edwine, je participe au travail éditorial, à moindre mesure par rapport à elle, cependant. Je travaille plutôt sur les romans de science-fiction ou policiers. Deux genres bien particuliers, qui nécessitent parfois de se poser des questions étranges du type « il y a des ordinateurs dans ton futur post-apocalyptique ? Parce que c’est bizarre sinon que les dossiers soient sur papier » ou bien « tu es sûre que face à une telle scène de crime, ce serait la première idée qui viendrait à l’esprit d’un policier ? » Mais j’avoue, je trouve cela captivant !

Sinon, j’assiste pas mal Gaëlle sur la gestion du site web de Reines de Cœur. Je crée les fiches produits par exemple, j’écris des articles pour faire vivre le blog et je donne corps à certaines de ses idées. Par exemple, le quiz c’était son idée, la mise en pratique mon job. Je m’occupe également pas mal de tout le côté administratif dont on parle peu, tel que la comptabilité. Parce que comme dans toute entreprise, il faut s’y coller !

Ah et c’est moi qui prépare les envois des livres papiers aussi. J’avais oublié ! J’aime beaucoup faire ça, j’ai encore aujourd’hui l’impression de jouer à la marchande, mais en grand. Vous savez, quand vous êtes enfant, vous avez une caisse enregistreuse et vous vendez tout et n’importe quoi. Ben je fais ça, sans la caisse, mais avec une balance pour peser les colis et de supers étales remplis de romans lesbiens !

Travailler en équipe implique d’affirmer ses positions et d’écouter ses collègues. Mais est-ce qu’il vous arrive d’être en conflit toutes les trois ? Comment vous départagez-vous lorsque vos opinions divergent ?

Je ne dirais pas qu’on a déjà été en conflit. Je crois qu’on se dit les choses, des fois plus ou moins diplomatiquement à cause de la fatigue, mais à mon sens on est tellement amies qu’on se pardonne quand ça sort sans le moindre filtre !

Je pense que quand on s’écoute, on se rend compte que l’autre a souvent une position très intéressante qui nous amène à revoir la nôtre. En tout cas, c’est ce que je ressens. D’ailleurs, la dernière fois que j’ai fait une modification que j’ai proposé à Gaëlle et Edwine, Edwine a fait une remarque hyper pertinente et du coup, depuis, je sais pas trop quoi faire. Parce qu’elle avait vraiment raison et que j’ai certainement foncé un peu trop tête baissée, comme d’habitude.

Le site Univers-L que tu as fondé devait déjà te prendre pas mal de temps en 2014… Mais tu as quand même cofondé Reines de Cœur ! L’idée que ces deux activités soient chronophages ne t’a pas effrayée ?

Je pense qu’avec Reines de Cœur j’avais vieilli et beaucoup plus conscience de ce qu’allait impliquer ce type de projet. Univers-L est le site qui m’a permis de grandir, de m’aimer, de m’assumer. Reines de Cœur est plus abouti, plus mâture dans la manière dont il a été créé déjà puisque nous sommes trois et que je ne suis pas seule et dans la façon dont nous l’avons pensé.

C’est amusant, parce que ces derniers mois, on m’a beaucoup reproché de ne plus mettre à jour Univers-L. Mais en 15 ans, j’ai changé, je ne suis plus la jeune adulte dans le placard qui regardait tout ce qu’elle pouvait tant qu’il y avait des personnages lesbiens !

Quelque part, aujourd’hui avec Reines de Cœur j’ai l’impression de participer à l’enrichissement de la culture lesbienne. Un peu comme si je rendais tout ce qu’elle m’a apportée et que j’avais essayé, à mon niveau, de dire avec Univers-L.

On peut lire dans ta biographie que tu exerces ton métier dans le paramédical. On est loin des bureaux d’une maison d’édition… Ce changement n’a pas été trop étrange pour toi ou ton entourage ?

On peut même dire sans le cacher, que je travaille comme infirmière depuis mes 21 ans. Je n’en ai pas honte, j’en suis même très fière. Cette profession et le regard qu’elle m’a permis de porter sur l’autre est une part de moi. J’ai un coté très sentimental ou social. Je vais très rapidement prendre les choses à cœur là où Gaëlle par exemple va plus rationnaliser et analyser parce que c’est ce qu’elle a appris avec son travail dans la communication. Prendre du recul, ne pas agir à chaud, réfléchir.

Après ce changement de carrière n’a jamais été surprenant pour personne. Quand j’avais une dizaine d’années j’avais dit à mes parents que quand je serais grande, je serais « infirmière-écrivaine à moto ». Avec cette certitude que vous avez enfant, à dix ans. J’ai réussi à être infirmière et j’ai réussi à être écrivaine, le virage de la création de la maison d’édition n’est donc pas sorti de nulle part.

Il y a juste ce problème de la moto, toujours pas résolu… Je me contente du vélo et j’en suis très satisfaite.

Aujourd’hui, tu es à mi-temps pour Reines de Cœur. L’enjeu est d’autant plus grand ! Le risque de l’échec ou de tout voir s’effondrer ne t’effraie pas trop ? Désolée si je te mets la pression, ce n’est pas mon but, haha !

C’est pas ton but ? Avec une question pareille ?!? Difficile de te croire !

La vérité vraie, sans filtre. Je suis pêtée de trouille très régulièrement ! Je me suis même mise à la méditation pour essayer de prendre du recul. Je suis fonctionnaire depuis mes 21 ans. Mes deux parents sont fonctionnaires. Mes frères font le même job depuis des années. On n’est pas des casse-cous ou des entrepreneurs dans ma famille.

Or Reines de Cœur c’est une vraie prise de risque. Une comme je n’en ai jamais fait dans ma carrière professionnelle jusqu’à présent. J’ai peur, mais en même temps cette décision m’emplit de joie. Je suis heureuse, vraiment très heureuse actuellement. Et je pense que c’est une chance de se lancer et de croire en ce qu’on fait.

Alors peut être que nous allons nous planter. Je ne le souhaite pas, mais j’ai une tendance à envisager les pires scénarios (trop d’années à travailler en oncologie). Cependant, si c’est le cas, je pourrais dire que j’ai apprécié et profité de chaque moment. Même quand je travaillais jusqu’à des heures folles pour rendre un fichier à l’imprimeur !

Après, en toute sincérité, si on regarde les voyants, ils sont tous au vert. La maison d’édition fonctionne très bien, les ventes en sont un réel reflet. On vend tous les jours, de plus en plus de papier en supplément du numérique. On acquiert une visibilité plus importante, notamment grâce aux réseaux sociaux, au blog sur le site, aux interviews qui sont publiées dans Jeanne Magazine et aux contacts que nous avons les lectrices et lecteurs et les autrices. Donc clairement, Reines de Cœur commence à être connue et nous espérons que ce que tout le monde retient c’est le sérieux et le professionnalisme avec lequel nous travaillons.

Désormais, vous avez plusieurs autrices avec lesquelles travailler. Mais il a bien fallu sélectionner les premières ! Comment avez-vous choisi les premiers romans/nouvelles à éditer ?

Pour les premières autrices, nous avons utilisé un célèbre site de fanfictions sur lequel nous avions découvert plusieurs textes que nous avions adorés. Ces histoires avaient l’avantage de ne pas être dans l’univers d’une série, mais d’être ancrées dans une autre réalité ce qui nous a permis de contacter les autrices afin de leur proposer de nous suivre. Je crois qu’on ne remerciera jamais assez Clémence Albérie et Virginie Rousseau de nous avoir fait confiance. Elles ont cru en nous autant que nous avons cru en elles et que nous croyons toujours en elles, d’ailleurs ! C’est une très belle relation qui nous apporte beaucoup.

Après, on a eu l’idée des concours de nouvelles qui ont permis à des autrices géniales de nous rejoindre. Et même d’aller au-delà de la publication de nouvelles ! Axelle Law et Lena Clarke en sont de superbes témoins !

Personnellement, j’apprécie ces relations qui vont au -delà de simples relations de travail pour moi. J’ai énormément appris de chacune des autrices avec lesquelles nous travaillons, que ce soit d’un point de vue humain ou professionnel.

Finalement, les premiers mois suivants la création de Reines de Cœur sont les plus reposants ou les plus éreintants ?

Je dirais que les premiers mois étaient plus reposants ! Aujourd’hui, peut-être parce qu’on s’est fixé des objectifs, je trouve que c’est plus difficile et qu’il y a énormément à faire. Quand vous vous lancez, vous partez un peu dans toutes les directions, mais sans avoir de date fixe à laquelle vous êtes obligé d’être prêt. Vous passez d’un concept à un autre sans forcément creuser les sujets. Là, ce n’est plus le cas. On a des deadlines. Et des fois, c’est tendu d’arriver à faire rentrer dans nos journées tout ce que l’on veut et/ou doit faire. Et puis il faut savoir comment les choses fonctionnent de manière précise en rentrant au cœur des sujets pour qu’ils n’aient plus de secrets pour nous !

Et pour finir, on va se livrer au jeu du « qui est la plus… ? ». Comme vous allez toutes les trois avoir cette même série de petites questions, ça sera un bon moyen de comparer vos réponses. Attention, c’est parti !

De vous trois, qui est la plus :

  • Exigeante : J’ai le droit de dire nous trois ? Parce que je crois qu’on l’est toutes un peu.
  • Organisée : Je dirais moi sur ce coup.
  • Timide : Peut-être Edwine, même si elle n’est plus trop timide avec nous. 😉
  • Drôle : j’aimerai dire moi, j’ai le droit ? Non, en fait c’est surtout que je suis maladroite et que j’adore raconter les trucs nuls qui m’arrivent.
  • Étourdie : Gaëlle sans hésitation. Et ça empire avec la fatigue. Genre elle peut partir pendant une semaine avec des documents à déposer à la mairie et oublier tous les jours de les déposer…

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