Hors-Cadre d'Axelle Law Interview [Nouvelle Lesbienne] | Reines de Coeur
Hors-Cadre [Nouvelle] : Interview de l’auteure Axelle Law

Hors-Cadre [Nouvelle] : Interview de l’auteure Axelle Law

Bonjour, Axelle ! Est-ce que tu peux nous présenter ta nouvelle Hors-Cadre ?

Hors-Cadre raconte l’histoire de Mia et d’Alexiane, deux femmes qui, après s’être rencontrées dans un bar, décident de terminer la soirée de façon un peu plus intime. Ce qui aurait dû n’être qu’un coup d’un soir se transforme en grande comédie lorsqu’à l’arrivée des parents de Mia le lendemain matin, elles doivent jouer un jeune couple. Bien sûr, ce mensonge qu’elles croyaient petit et inoffensif se révélera plus vicieux que prévu.

Comment est née l’idée de cette histoire ?

Un matin, au réveil, si mes souvenirs sont bons. Il m’arrive (un peu trop souvent) de traînasser dans mon lit avant d’entamer ma journée. Je ne sais pas si j’en avais rêvé, mais en ouvrant les yeux ce matin-là, j’avais imaginé l’histoire de deux femmes qui après une nuit ensemble et qui auraient dû voir leurs chemins se séparer par la suite, se retrouvent à se côtoyer par un coup du destin. Mais au-delà de ce cliché, j’avais envie de quelque chose de léger et de drôle. Alors, j’ai très vite ajouté quelques petits détails, comme les deux mamans, par exemple. Et avant même que je ne sois sortie de mon lit, la machine était lancée et tout s’est imbriqué dans mon esprit.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur le titre ?

Alors pour ce titre, j’avoue m’être retourné la tête à tel point que « Sans Titre » m’avait paru incroyablement alléchant ! Déjà que je ne suis pas très douée pour en trouver… Je voulais quelque chose qui pourrait à la fois décrire le couple et à la fois avoir un rapport avec la photographie. Après une journée de réflexion infructueuse, ce fut en fin de la soirée que mon cerveau a bien voulu se montrer un minimum utile.

Si j’ai choisi Hors-Cadre comme titre pour cette nouvelle, ce n’est pas uniquement pour son rapport avec la photographie, mais également le fait qu’il résume parfaitement mon histoire avec mes protagonistes qui sortent un peu des sentiers battus. Mes héroïnes ne commencent pas leur relation de manière dite « classique ». Mes deux mères ne sont pas des parents « classiques ». En fait, j’ai un peu de mal à l’expliquer. Mais je vous assure que dans ma tête, c’est clair comme de l’eau de roche ! (rire)

Hors-Cadre débute par une soirée alcoolisée et un coup d’un soir. Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as opté pour ces prémices ?

Je pense que c’est pour aller à l’encontre des préjugés… ou pour faire plaisir à ma compagne qui n’aime pas quand les choses se déroulent toujours de manière aussi « parfaite et chaste ». Bon, vous aurez compris, ma réponse est « joker ». C’était l’idée de base et parfois, je peine vraiment à expliquer pourquoi ça m’est venu à l’esprit.

Les mamans sont des personnages secondaires exceptionnels dans cette nouvelle. Pourquoi ce choix ?

Je me rappelle qu’une fois, j’avais lu un article sur une grand-mère lesbienne qui avait une petite-fille lesbienne également. L’idée m’avait beaucoup amusé. Alors, quand je réfléchissais à un monde autour de mes idées pour Hors-Cadre, je m’étais dit qu’on voyait rarement une lesbienne avec des mamans lesbiennes. Au moins, dans ce genre de situation, on n’a aucun mal à faire son coming out ! [rires] Et plus j’imaginais comment les choses se passeraient dans ce genre de famille, plus j’étais charmée par l’idée. Je ne pouvais plus faire marche arrière, il me fallait ses mères lesbiennes ! [rires]

Mia est métisse et tu abordes plusieurs fois ce sujet, l’air de rien, au cours de l’histoire. Il te tient à cœur ?

Je n’irais pas jusqu’à dire que cela me tient à cœur, mais il est vrai que souvent, que ce soit dans les livres hétéro ou homo, les protagonistes sont majoritairement caucasiens. Ce n’est pas une critique, moi-même j’utilise souvent des personnages de type caucasien. Toutefois, je trouve dommage de ne pas profiter de la diversité que le monde nous offre. Et à dire vrai, cela me semble naturel. Quand je crée un personnage, même si je ne le mentionne par forcément dans mon histoire, j’aime imaginer sa nationalité. Là, par exemple, pour moi, Alexiane a des origines allemandes. Ne me demandez pas pourquoi, je ne saurai pas vous répondre [rire].

Mia est la première héroïne végétarienne chez Reines de Cœur. Malheureusement elle n’assume pas trop et refuse d’aborder le sujet. A-t-on cependant le droit de se réjouir ?

Je vais malheureusement être obligée de vous donner tort. En réalité, Mia arrive à la seconde place. Ce n’est pas mis très en avant dans Blood Moon – L’éveil, bien que mentionné de temps en temps, mais Heather est végétarienne.

Mais pour en revenir au sujet, je suis dans le regret de vous donner une deuxième fois tort. [rires] Mia assume entièrement son végétarisme et ne cherche pas forcément à le cacher ni à le clamer sur tous les toits. En réalité, si elle préfère souvent esquiver le sujet, c’est simplement pour éviter toute tension. Ayant pas mal de végétariens et végétariennes dans mon entourage depuis plusieurs années – dont ma compagne –, je sais que parfois, quand le débat tombe sur la table, cela peut rapidement déraper. Cela peut parfaitement être innocent comme des questions maladroites ou des préjugés, tout comme cela peut devenir très vite conflictuel, une personne ou une autre cherchant à tout prix à avoir raison à propos de son régime alimentaire. Pour en revenir à mon personnage de Mia, celle-ci préfère simplement (dans le cas des scènes de ma nouvelle) ne pas entrer dans le débat ou, dans un cas plus précis, éviter l’embarras à Alexiane. Je n’en dirai pas plus, pour ne pas spoiler mon histoire.

Doit-on s’en réjouir ? Je ne sais pas. [rires] Pour être honnête, quand mes amies ont lu cette nouvelle, celles qui sont végétariennes se sont immédiatement inquiétées. Elles me demandaient : « Es-tu sûre de vouloir parler du végétarisme, même de façon aussi infime ? Ne crois-tu pas que certain(e)s vont mal le voir ou penser que tu fais de la militante ? » Personnellement, je n’avais pas les mêmes inquiétudes qu’elles et pas uniquement parce que le sujet était brièvement survolé. Car pour moi, le fait que Mia soit végétarienne est une part de ses caractéristiques, de sa personnalité. Par exemple, si on crée une héroïne qui fait du football, forcément, on risque d’en parler au cours de l’histoire, car c’est une part d’elle. À aucun moment, je n’y ai vu un moyen de critiquer le régime alimentaire de qui que ce soit. Ou alors, je ne regarde pas assez loin. [rires]

Qu’est-ce que tu as préféré écrire dans Hors-Cadre ?

Tout, je pense. Hors-Cadre fait partie de ces rares histoires que j’ai pu écrire sans la moindre prise de tête, me laissant simplement porter par l’inspiration. Les scènes se sont enchaînées de manière tellement naturelles, comme si tout avait déjà été écrit et ne demandait qu’une copie numérique. Si seulement ça pouvait toujours être comme ça…

Qu’aimerais-tu que les lectrices retiennent de leur lecture de Hors-Cadre ?

Qu’il n’y a aucun mal à sortir des sentiers battus. Que même si on fait les choses à l’envers ou dans le désordre, il peut toujours avoir une surprise au bout, aussi inattendue soit-elle. (C’est moi ou je suis toujours un peu hors sujet dans cette interview ?)

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

De continuer d’avoir des idées dès le matin ? Mine de rien, cela met de bonne humeur et réveille plutôt bien le cerveau, le mien en tout cas.

Hors-Cadre Axelle Law

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