Mascarade : Interview de Lena Clarke

Mascarade : Interview de Lena Clarke

Bonjour Lena, on va passer la question où tu te présentes, elle est sans intérêt aujourd’hui. Peux-tu plutôt nous parler de tes animaux ?

Bonjour ! Première question originale et qui surtout va me permettre de répondre succinctement. Je n’ai qu’un chat, Shinzo, onze ans, quatre kilos de poils blancs et un caractère peu avenant. Son principal plaisir dans la vie consiste à s’étaler sur le clavier de mon ordinateur, puis à essayer de me croquer les doigts lorsque je tente de reprendre possession de mon bien. Pour sa part, je doute qu’il apprécie la littérature F/F. En revanche, il aime beaucoup quand mes romans me sont envoyés dans de magnifiques cartons. D’ailleurs, je remercie R2C pour la qualité de ces derniers. Ils sont toujours investis très rapidement par mon assistant.

Maintenant qu’on en sait plus sur eux, revenons à la raison première de cette interview. Quand seront-ils dans un roman ?

À mon avis, jamais. Cela dit j’aime beaucoup ajouter des animaux à mes romans. Je l’ai déjà fait dans le passé, en particulier dans Pas à Pas et je compte bien réitérer dans le futur. Pour l’instant, je me suis surtout concentrée sur les chats et les chiens, mais je suis sûre que tôt ou tard, d’autres espèces feront leur apparition. Par exemple dans Mascarade, j’ai pu parler de chevaux, dans un autre roman de loups, alors qui sait quel sera le prochain animal à trouver sa place dans un roman.

Non, plus sérieusement, peux-tu nous parler de Mascarade ? Que raconte l’histoire ?

Mascarade est l’histoire de Katherine, une jeune femme de dix-huit ans qui s’apprête à faire son entrée dans le monde. En 1847, cela s’apparente à passer de l’enfance à l’âge adulte et surtout à pouvoir participer à différentes réunions mondaines. Alors que Katherine a hâte d’assister à son premier bal, sa sœur aînée s’enfuit avec le palefrenier. Par conséquent, afin de redorer l’image de sa famille, mon héroïne n’a d’autre choix que de se trouver un mari de qualité. Par chance, deux prétendants ne tardent pas à se manifester. Un ami d’enfance ainsi que l’ancien fiancé de sa sœur.

Qui donc Katherine va-t-elle choisir ? Et surtout, plus important, pourquoi diable y a-t-il autant d’hommes dans ce résumé ?! La maison d’édition R2C aurait-elle élargi sa ligne éditoriale pour proposer un roman hétéro ? Aurais-je osé vous soumettre une histoire sans aucune romance F/F ?

Clairement la réponse est… non ! ( gros suspens, je sais ) Mais pour en savoir plus, je suppose qu’il vous faudra lire le roman.

Comment est née l’idée ?

Mon livre préféré étant Orgueil et Préjugés, j’avais envie depuis longtemps d’écrire un roman se déroulant à l’époque victorienne. Après l’expérience de Faux Semblants qui avait lieu en 1957, je me suis dit que je pouvais tout aussi bien partir encore plus loin dans le passé, soit en 1847. J’ai abandonné les Etats-Unis pour l’Angleterre et cherché une intrigue qui me permettrait à la fois d’écrire ce que j’aime (soit de la romance entre deux femmes…), mais également d’aborder certains sujets plus sérieux. Je pourrais bien sûr vous en faire une liste exhaustive, malheureusement cela reviendrait à spoiler mon intrigue, du coup nous allons tout simplement passer à la question suivante !

Peut-on comparer ton histoire à Du Bout des Doigts de Sarah Waters ?

Non, pas du tout. Il n’y a aucun point commun, à l’exception de l’époque qui est la même. D’ailleurs, s’il vous plaît, ne mettez pas trop de pression à mes pauvres héroïnes. Être comparées à celles de Du Bout des Doigts risquerait de les stresser à mort et je suis sûre que tout comme moi, vous avez à cœur de leur éviter un sort funeste.

Qu’est-ce qui t’a plu dans l’idée de transposer une romance lesbienne au XIXème siècle ?

Je dirais qu’avant tout j’aime assez me renouveler. Transposer une romance lesbienne au XIXème siècle était un challenge et en même temps, je me suis lancée sans trop me poser de questions. Au final, une romance reste une romance. Le côté relation interdite ajoutait du danger, de la difficulté, mais pour ce qui est de la description des sentiments, cela demeure sensiblement la même chose.

Je dirais également qu’il était assez intéressant de constater qu’en à peine cent cinquante ans, énormément de choses ont changé dans nos sociétés occidentales. En ce temps-là, le rôle principal de la femme consistait à se marier, puis à enfanter. C’est ce à quoi Katherine est préparée depuis son enfance. Pour elle, il n’y a pas d’autre chemin à suivre et j’ai beaucoup aimé remettre en doute ses convictions.

Quel a été le plus gros défi de Mascarade ?

Étant donné l’époque où il se situe, utiliser le vocabulaire adéquat ainsi que certaines tournures de phrases n’a pas toujours été une partie de plaisir. Le registre de langue se devait d’être soutenu en permanence, même dans les dialogues et par moment il s’agissait d’un véritable casse-tête.

Par exemple, il y avait beaucoup d’expressions que je ne pouvais pas me permettre d’employer, car trop contemporaines, ce qui m’obligeait à me triturer les méninges constamment pour trouver des alternatives.

Question difficile, à cette période les femmes étaient beaucoup moins libres qu’aujourd’hui. Est-ce que tu as dû adapter des situations pour coller aux mœurs de l’époque ?

Je ne parlerais pas vraiment d’adaptation, puisque les situations auxquelles j’ai pensé pour ce roman ont toujours été destinées à se produire à cette époque. Par conséquent, j’avais bien en tête que les réactions de l’héroïne ou des personnes l’entourant seraient différentes des réactions actuelles. Comme je l’ai dit auparavant, Katherine a été préparée toute sa vie à son futur mariage. Commencer à sortir en société avait pour but de lui permettre de se trouver un mari, puis d’assumer ses devoirs d’épouse. Elle a également été éduquée selon certaines règles strictes.

Par exemple, se retrouver seule avec un homme ne lui est pas autorisé. Elle se doit aussi d’être irréprochable en toutes circonstances, de ne pas hausser le ton, de rester discrète. Ainsi, exprimer ses véritables pensées n’est pas autorisé. Elle doit toujours rester de bonne composition, prendre sur elle et tout ça pour ne pas entacher sa réputation.

En termes de situation il y en a une en particulier que j’ai dû « adapter » aux mœurs de l’époque. Dans celle-ci, Katherine était clairement la victime, pourtant en raison de son statut de femme, la parole de l’autre personne valait plus que la sienne. Elle-même se sentait coupable, ce qui était assez difficile à écrire, car d’une injustice sans nom.

Est-ce que tu préfères l’une de tes deux héroïnes ? Parce qu’elles sont assez géniales toutes les deux ?

Avant toute chose, Katherine et Alexanne te remercient pour le « géniales ». Elles n’ont pas vraiment l’habitude de ce mot, mais je les ai bien briefées sur son sens.

De mon côté, par contre, je ne te remercie pas vraiment pour cette question. Je les aime l’une et l’autre pour différentes raisons. Katherine pour son courage, sa capacité à évoluer, son côté espiègle et Alexanne pour sa détermination, son intelligence, son côté protecteur. Les deux ont beaucoup de qualité et sont assez complémentaires.

Étant donné que Katherine est l’héroïne, que c’est elle qu’on suit tout au long du roman, je suis sûrement plus attachée à elle, comme une mère à son enfant. De plus, je soupçonne fortement que les lectrices, elles, préféreront Alexanne, du coup je vais rester sur Katherine afin que la pauvre se sente malgré tout aimée.

Si les lectrices te demandent une suite, tu te sens de poursuivre l’histoire à la fin du XIXème siècle, début du XXème ?

Pourquoi pas, tout est possible. Si je trouve une intrigue intéressante, me plonger dans cette période ne sera pas un souci. En revanche, Katherine et Alexanne laisseraient la place à de nouvelles héroïnes. Écrire une suite avec les mêmes personnages en vedette n’est vraiment pas quelque chose que j’apprécie.

On innove dans les questions. Si tu pouvais décrire Mascarade en une chanson, une odeur, une image, un son et un goût. Tu choisirais quoi pour chacun ?

Je me demande si tu as fait exprès de garder la question la plus difficile pour la fin… Je pensais en avoir quasiment terminé et voilà que le pire vient de me tomber dessus ! Mais allez, Katherine est courageuse, alors pour lui faire honneur, je vais tacher de l’être à mon tour.

Le goût : Celui de la brioche.

Le son : La pluie qui tombe.

Une odeur : Celle des roses.

Une image : La campagne anglaise durant un jour pluvieux, avec en arrière-fond un manoir ainsi que des écuries.

Une musique : Les Nocturnes opus 9 de Chopin.

On te laisse le mot de la fin. Que veux-tu dire aux lectrices et lecteurs à part que tu as détesté répondre à cette énième interview pour le site ?

Un livre acheté = des croquettes pour mon assistant.

Des croquettes pour mon assistant = Moins de chance pour mes doigts de se faire croquer.

Des doigts en bonne santé = L’assurance de vous proposer toujours plus de romans.

Par conséquent, même si vous n’êtes pas fan de romance historique, mais qu’en revanche la cause animale (ainsi que celle des pauvres auteures exploitées par leur compagnon félin…) vous tient à cœur, vous avez ici l’occasion de faire une bonne action. Non seulement vous participerez au bien-être d’un adorable chat, mais en plus vous vous donnez la possibilité de voir un jour paraître un roman qui vous parlera bien davantage !

Interview de lena clarke pour mascarade

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