Interview des Fondatrices de R2C : Gaëlle Carrion répond aux questions d’Avril Cara

Interview des Fondatrices de R2C : Gaëlle Carrion répond aux questions d’Avril Cara

Comme tu es la toute première des trois co-fondatrices de Reines de Cœur à te prêter au jeu, tu dois t’attendre à ce que je te pose quelques questions sur la création de votre fantastique maison d’édition… D’ailleurs, comment vous êtes-vous décidées à lancer ce projet ?

Je crois qu’en lançant le projet #R2C, nous n’avons pas complètement réalisé ce que cela impliquait. Nous l’avons fait en pleine insouciance. De mémoire, cela faisait longtemps que nous nous plaignions de l’absence de représentation lesbienne dans les livres. C’était un sujet récurrent et la raison pour laquelle Isa avait créé Univers-L. Nous étions aussi en plein Clexagate avec le malheureux #burryyourgay. Il nous est apparu important de montrer des représentations de femmes lesbiennes ou bisexuelles fortes, qui ne se définissent pas uniquement par leur orientation sexuelle, qui ont des défauts comme tout le monde et surtout ne finissent pas mortes. Pour rentrer dans du plus concret, je crois qu’Isa et Edwine ont lancé ça sur un coup de tête et que j’ai dit banco derrière.

Concrètement, combien de temps à mis Reines de Cœur à s’ouvrir officiellement ? Les démarches administratives n’ont pas été trop longues et fastidieuses ?

On a travaillé 6 à 8 mois en amont du lancement officiel. Concrètement pendant cette période on a trouvé notre nom, bossé avec une graphiste pour la charte graphique, le logo (merci Christelle) trouvé nos premières autrices, défini notre ligne éditoriale, fait du travail éditorial, mis en place le site web, appris à coder des livres numériques… ça n’a pas été de tout repos. C’est dingue en en parlant j’ai l’impression que c’était il y a très longtemps et pourtant seulement 4 ans se sont écoulés. Pour le côté administratif, on s’est d’abord lancées en auto-entreprise portée par Bibi, car on voulait aller vite. En gros tester le marché avant de se lancer dans la création d’une société. C’est ce que l’on a fait 6 mois après en créant toutes les trois 3W4W SAS qui porte Reines de Cœur, une fois qu’on a compris que oui, il y avait un besoin et que nos livres plaisaient. On ne voulait pas se parasiter avec toute cette paperasse sans savoir si ça allait marcher ou pas. Pour le coup, je pense que le fait que je travaille dans le milieu startup à côté m’a beaucoup appris sur comment tester le marché vite et bien avant de se lancer dans quelque chose de plus grand. Et maintenant, on a un comptable car impossible de gérer une société sans…

On peut voir dans les mentions légales du site que tu es Responsable de la Publication, en quoi ça consiste ? As-tu des tâches particulières qu’Edwine et Isabelle ne font pas ?

Concrètement légalement sur tout site internet il faut un directeur de la publication. Ce n’est pas un titre honorifique, loin de là, ça veut juste dire que si un jour on a un problème c’est moi qui vais en prison (et je compte sur Isa et Edwine pour m’apporter des oranges à ce moment-là… enfin pour Edwine, elle pourra me les envoyer par la Poste, ça fait loin depuis le Canada sinon…). Plus sérieusement, je suis présidente de la société mais parce qu’il en fallait une. Il n’y a pas de hiérarchie entre nous, nous sommes toutes les 3 co-fondatrices et les décisions sont prises à la majorité. Pour revenir sur les tâches que je fais et que les filles ne font pas je dirai qu’on est toutes les trois super complémentaires. De mon côté, je suis sur la partie marketing / communication. Je gère les réseaux sociaux et l’aspect communautaire de R2C, les visuels, les newsletters, la stratégie d’acquisition marketing globale. Je travaille aussi sur les couvertures des livres papier, et je lis les tapuscrits…

Au départ, Reines de Cœur s’est spécialisée dans la vente de livres numériques.  Même si ce format s’est largement démocratisé en France, vous n’avez pas eu peur de faire un flop ?

Nous sommes parties sur le livre numérique pour deux raisons. La première c’est que d’un point de vue économique, le livre numérique nous demandait très peu d’investissement (contrairement au papier que demande de l’avance de trésorerie pour lancer les impressions en amont de la vente des livres). Concrètement, on a monté le site internet nous-même, et nous codons aussi nous-mêmes les livres numériques. Donc la prise de risque financière était moindre. On s’est donc lancées avec 3000€ de budget que l’on a principalement investis dans la charte graphique et les serveurs web. La deuxième raison, c’est que nous étions toutes les trois des adeptes des liseuses numériques. Nous apprécions beaucoup le côté pratique des liseuses et la lecture sur ces supports. Je pense aussi que malheureusement, dans notre communauté, certaines personnes sont plus à l’aise avec un fichier numérique qui est moins visible qu’un livre papier où la 4ème de couverture laisse souvent peu de doute sur le contenu du livre. Finalement, des lectrices ont finis par nous réclamer du papier et c’est la raison pour laquelle nous nous sommes lancées. Mais le papier ne représente que 3 ventes sur 10.

La charte graphique et le logo des Reines de Cœur, s’ils sont aux couleurs de l’Amour n’accueillent aucun arc-en-ciel à l’effigie de la communauté LGBT. Un parti-pris de votre part ?

C’était effectivement volontaire de notre part. Déjà, nous avions pu voir avec Univers-L la difficulté de faire vivre une charte graphique avec autant de couleurs. Mais ce que nous souhaitions par-dessus tout, c’était que tout le monde soit à l’aise en lisant nos livres. Je m’explique. Beaucoup de jeunes (ou moins jeunes) lectrices ou lecteurs nous lisent sans pour autant avoir déjà parlé à leur entourage de leur orientation sexuelle ou tout simplement de leur amour pour la littérature fxf. Un logo arc-en-ciel, même s’il aurait eu l’avantage peut-être de nous identifier plus facilement aurait pu faire courir un risque à ces personnes. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité être les moins marquées possible. Lorsque nous avons fait notre « brief » graphique à la directrice artistique qui nous a accompagnées nous avons longuement échangé à ce sujet. Et je pense aujourd’hui que nous prendrions la même décision sans aucun doute ! De plus, avec le temps nous avons appris que nos lectrices et lecteurs ne sont pas forcément queers, ils aiment parfois juste notre ligne éditoriale 😉 Nous avons donc souhaité être le plus inclusif possible en créant notre propre marque et communauté.

À sa création, Reines de Cœur a failli s’appeler « Books and Boobs ». Puis, c’est votre groupe Facebook qui est passé à deux doigts d’hériter de ce nom amusant. De qui vient cette idée ?

Effectivement, même si ce nom n’a jamais été utilisé nous avons pour lui une petite pointe d’affection. On l’a déjà raconté, il me semble, mais le brainstorming du nom de la maison d’édition a été assez long. Un samedi matin, nous avions attaqué très tôt, encore en pyjama il me semble, à cause du décalage horaire avec le Canada. Nous étions sur Skype avec Edwine et nous sommes parties dans tous les sens. Mais vraiment… tous les sens… A tel point qu’à un moment donné je ne sais plus laquelle de nous a dit Books and Boobs. Et, certainement à cause de la fatigue des longues heures de brainstorming (cela avait duré plus de 3h, je crois), on l’a VRAIMENT envisagé. Puis la raison est revenue à nous…

Vous offrez régulièrement des goodies à vos lectrices tout comme à vos autrices (comme le badge, le carnet ou le tote-bag avec le logo Reines de Cœur), de belles attentions pour votre communauté ! Comment choisissez-vous la nature de ces cadeaux ?

Alors, depuis le début on a la chance d’avoir des lectrices qui nous suivent et qui sont fidèles et nous avons donc créé une véritable petite communauté. On s’est demandées comment mettre des petits cadeaux en plus lors de leurs achats. J’avoue ça, c’est plutôt ma partie. On s’est dit qu’un petit badge ou un marque page, voir un tote bag pour les lectrices qui achètent plusieurs livres sur les salons, ça serait cool ! Et puis pour nos auteures, on essaie de les chouchouter. On a vraiment l’impression d’avoir créé une petite famille et on aime leur faire des cadeaux. Du coup oui, elles ont eu le droit à des mugs et à des carnets Reines de Cœur… J’essaie de me creuser la tête pour trouver des cadeaux utiles et sympa :-).

S’exercer dans une maison d’édition implique de travailler régulièrement avec des tiers… Pas toujours évident lorsqu’on présente des histoires d’amour entre femmes. Est-ce que vous avez déjà eu de mauvaises surprises ou des commentaires déplacés ?

La seule mésaventure que nous avons eu, c’est avec un ancien imprimeur. Qui effectivement nous avait demandé d’arrêter de parler de lui. Notre réponse a été sans appel « oui on va arrêter de parler de vous, mais aussi de travailler avec vous ! ». Nous avons donc cherché assidûment par la suite un nouvel imprimeur. C’est le seul retour négatif que nous avons eu pour le moment. Et nous n’avons jamais eu de commentaires homophobes sur le web concernant Reines de Cœur. Ah si, une fois, des attaques de bots Russes sur Twitter qui répondaient automatiquement lorsque j’utilisais le #LGBT et disait que l’homosexualité était une abomination et qu’il fallait nous brûler (ou quelque chose comme ça). J’ai signalé les tweets à Twitter pour incitation à la haine et une réponse automatique m’a été faite pour me dire que ce tweet n’enfreignait pas leur charte. Oui, oui vous avez bien lu… Leur algorithme de modération automatique a encore quelques progrès à faire.

Nous avons été plutôt épargnées de ce côté-là pour le moment, même si la conversation téléphonique que j’avais eu avec l’imprimeur m’avait un peu ébranlée… On était en 2017, en France… Malheureusement, j’ai parfois l’impression que la société ne va pas forcément dans le bon sens… Mais c’est dans ces moments-là que l’on se souvient pourquoi on a créé Reines de Cœur et que l’on repart travailler avec trois fois plus de motivation !

Est-ce que ton entourage sait que tu gères une maison d’édition avec « des livres qui nous ressemblent » ? (petit clin d’œil au slogan, haha !) Et d’ailleurs, as-tu un autre emploi à côté ?

Oui, tout le monde le sait. Que ce soit ma famille, mes amis, je ne l’ai jamais caché. Je crois que ma famille est plutôt fière, même s’ils ont du mal à réaliser ce que cela implique. Ils me voient pas mal bosser les weekends dessus et en soirée quand on passe des vacances et weekends ensemble donc ils ont conscience de la charge de travail que cela représente. On en parle souvent et avec mes amis également. C’est une belle aventure à partager et Reines de Cœur fait pleinement partie de nos vies (on a même une pièce dédiée à la maison avec Isabelle, un joli bureau). J’ai aussi un travail à temps plein à côté. Je travaille dans une startup en tant que responsable marketing/communication.

Je pense que la principale inquiétude des proches, ce n’est pas tant le fait que l’on publie des livres fxf mais plutôt la charge de travail que cela représente. Après, je leur explique souvent que certaines font du sport par passion, moi je bosse pour Reines de Cœur. (Bon ok, je ferai peut-être aussi bien de me remettre au sport, mais on se cherche des excuses comme on peut…).

Et pour finir, on va se livrer au jeu du « qui est la plus… ? ». Comme vous allez toutes les trois avoir cette même série de petites questions, ça sera un bon moyen de comparer vos réponses. Attention, c’est parti !

De vous trois, qui est la plus :

  • Exigeante : Isabelle / Edwine / Moi (non ce n’est pas une réponse de normand… c’est juste que l’on est chacune exigeante à notre façon mais pas sur les mêmes choses…)
  • Organisée : Isabelle
  • Timide : Edwine
  • Drôle : Joker
  • Étourdie : Hum… je dirai moi car j’ai une mémoire de poisson rouge. Si je ne note pas les choses (dans mon carnet Reines de Cœur) je ne retiens rien…

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