Jasmin : Interview de l’auteure Aurélie Spiaggia

Jasmin : Interview de l’auteure Aurélie Spiaggia

Bonjour, Aurélie, peux-tu nous parler de ta nouvelle Jasmin ?

Jasmin, c’est la ville de province où va s’établir Marlène, une Parisienne d’une trentaine d’années. Suite à une histoire d’amour douloureuse, elle a tout quitté à Paris : son appartement, son travail, et même sa mère dont elle est très proche. Malgré les recommandations de cette dernière, Marlène accepte un poste dans une association, bien loin du poste à hautes responsabilités qu’elle occupait à Paris, et va emménager dans une maison que son père avait laissée à son intention.

À Jasmin, elle va rencontrer des collègues de travail drôles et chaleureux, dont Elsie, une femme intelligente, brillante et surtout… enceinte ! Marlène devra apprendre à équilibrer sa nouvelle vie, et comprendre ce qui la poussait à retourner dans la maison de son enfance.

Premièrement, d’où vient le titre ?

Le titre reprend le nom de cette ville imaginaire qui sert de décor à l’histoire. Comme la couverture (choisie par mes éditrices préférées) l’indique bien, Jasmin est une histoire de retour aux racines. Je ne sais pas vraiment comment est venu le fait de nommer cette ville Jasmin. C’est un nom qui est apparu tout seul. Je savais que je ne voulais pas situer l’histoire dans une ville existante, pour ne pas coller un décor imposé. Vu l’importance de la ville dans l’histoire des personnages, il fallait que j’en invente une, comme on invente un personnage justement. Je lui ai donc donné un nom ambigu, qui pourrait aussi être le nom d’une personne, qui me fait penser à la douceur, au calme, et à la nature.

Deuxièmement, comment est née l’idée de cette histoire ?

Je suis un peu gênée de le dire, mais… attention, roulements de tambour… je me suis inspirée de mes rencontres. J’ai connu dans la dernière année une femme qui m’a inspiré le personnage d’Elsie, de par son histoire personnelle. Et, peut-être parce que je suis nouvellement trentenaire et que mon horloge biologique me fait des appels désespérés, je me suis interrogée sur le fait de pouvoir tomber amoureuse quand on porte en soi le fruit de notre amour pour quelqu’un d’autre.

Il y a la notion de retour aux sources, de retrouver ses racines dans Jasmin. C’est un sujet qui te tient à cœur ?

De manière générale, quand je repense aux deux précédents textes que j’ai publiés chez Reines de cœur, je réalise que le retour aux sources me tient beaucoup à cœur. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais j’imagine que le fait d’être expatriée, presque déracinée, loin de mon pays (je vis à Montréal), m’inspire ce genre d’histoires. J’ai la conviction qu’il est difficile pour l’arbre que nous sommes de faire pousser des branches feuillues si nos racines ne sont pas saines et bien ancrées. C’est comme de s’assurer d’avoir compris un chapitre d’un livre pour passer au suivant. J’ai l’impression que les changements profonds ne peuvent avoir lieu que dans le déplacement. Soit avec un retour aux sources, soit au contraire, en prenant de la distance vis-à-vis d’elles.

Tu abordes la question de l’autisme même si le sujet n’est pas au centre de l’histoire. Pourquoi ce choix finalement peu courant ?

J’avais besoin de montrer la subjectivité de la différence chez l’autre, et l’élasticité ou au contraire l’engoncement de notre tolérance de cette différence. À la suite de sa dispute avec son compagnon, Elsie comprend que la tolérance à la différence de celui-ci est conditionnelle, et comprendre cela la refroidit beaucoup, justement parce qu’elle sait ce que c’est que d’être différente d’une majorité.

L’un de tes personnages principaux est une femme enceinte. Pourquoi avoir voulu intégrer la notion de maternité ?

Encore une fois, je vois une continuité avec la figure de la mère qui revient beaucoup dans mes écrits de manière générale. Évidemment, cela est sans aucun doute lié à ma maman que j’adore, mais au-delà de ça, il y a l’idée de transmission, et plus encore celle d’une tresse que l’on reprend et continue de tresser, avant que quelqu’un ne prenne le relais. Comme une histoire que l’on écrit dans la durée à plusieurs.

Elsie a identifié depuis longtemps son désir d’être mère. Pour Marlène, c’est beaucoup plus flou. Il faudra une rencontre, un environnement. Il n’y a rien d’immédiat et de biologique chez elle, comme si elle n’aurait jamais pu penser avoir un enfant tant qu’elle n’avait pas rencontré la bonne partenaire avec qui partager ce genre de projets. Je me reconnais beaucoup dans ça. Contrairement à beaucoup de femmes de mon entourage, j’ai mis très longtemps à comprendre que je voudrais, ultimement, des enfants. Je suis impressionnée par les femmes qui semblent en avoir la certitude depuis presque toujours. C’est aussi de cela dont j’ai voulu parler avec Jasmin.

Vu l’importance du hamac situé dans le jardin de Marlène, est-ce que tu penses que c’est un accessoire à posséder absolument ?

Voilà une question que je ne me suis absolument jamais posée ! En fait, je n’avais même pas remarqué que le hamac revenait si souvent que ça. J’écris souvent sans m’arrêter pendant plusieurs jours, et j’ai beaucoup de difficultés à me relire et revenir sur ce que j’ai écrit, alors il y a beaucoup d’éléments de mon histoire qui m’échappent. Je crois que le hamac venait représenter pour moi le rituel, et aussi, la détente, l’apaisement que Marlène n’aurait pas pu avoir dans une grande ville comme Paris. Pour elle, c’était sans doute un accessoire indispensable à son cheminement intérieur.

Pour ma part, je ne suis jamais très à l’aise dans un hamac, j’ai toujours l’impression que je vais tomber, et surtout, je ne sais jamais comment m’en sortir.

Qu’aimerais-tu que les lectrices/lecteurs retiennent de ta nouvelle ?

Je ne sais pas si j’aimerais que les lectrices-eurs retiennent quelque chose en particulier, sinon un sentiment. Celui qu’on ne se connaît pas toujours soi-même, et ce peu importe l’âge que nous avons, que l’on change et que l’on avance sur un chemin à pas feutrés, ou fracassants. Je crois que j’aimerais que, la nouvelle finie, ils soient envahis d’une force : la conviction que l’on peut avoir plusieurs vies en une, que rien n’est irrémédiable et qu’au fond de chacun de nous réside notre propre vérité.

Que peut-on te souhaiter pour la suite de l’année ?

Il y a une idée de roman que je traîne avec moi depuis plusieurs mois, je dirais donc des conditions favorables pour écrire (temps et sérénité).

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