Livres numériques et ebooks : pas des « vrais » livres ?

Livres numériques et ebooks : pas des « vrais » livres ?

Comme on a un blog à alimenter et qu’il faut bien trouver des sujets, autant en profiter pour répondre aux questions que l’on nous pose souvent !

On nous demande par exemple si nos livres lesbiens existent aussi en version papier.

Même si nous adorerions proposer les deux formats, numérique et papier, notre projet était initialement de créer une maison d’édition lesbienne numérique. Parce que selon nous, quoi qu’on puisse en dire, les versions numériques existent désormais et se doivent d’avoir leur part de représentation. Or, avec le genre bien particulier des livres lesbiens en langue française, la proposition des titres en ebooks est très rare.

En tant que geeks, nous voulons vraiment remédier à ça. Proposer des livres lesbiens papier correspond à une logistique qui n’est pas la notre, en tout cas pas actuellement. Franchement, même si on garde espoir, pour le moment on n’a pas l’argent pour se payer un bureau afin d’imprimer et de stocker des milliers de romans lesbiens papier estampillés Reines de Cœur.

On nous dit aussi que les livres numériques ne sont pas des vrais livres et que par conséquent, on ne les lira pas.

D’accord. Donc si on suit ce raisonnement, les livres numériques ne sont pas des vrais livres, alors les maisons d’éditions numériques ne sont pas des vraies maisons d’édition non plus.

On vous rassure, nous ne sommes pas susceptibles et on travaille dur pour être de bonnes personnes avec un karma irréprochable. On ne peut pas obliger les personnes à lire des ebooks tout comme on ne peut pas obliger les gens à reconnaître que Britney Spears est un génie musical (même si on est totalement d’accord, rien ne vaut Britney). Du coup, on va juste remettre les brebis égarées sur le droit chemin et expliquer pourquoi il est faux de dire que les livres numériques ne sont pas de vrais livres.

 

Qu’est-ce qu’un vrai livre ?

Déjà, le concept de « vrai » est tellement alambiqué qu’on se demande encore s’il signifie quelque chose. Le terme de livre traditionnel nous parait plus approprié (et certainement moins insultant pour les autres livres qui n’entrent pas dans la problématique catégorie des « vrais » livres !).

S’il nous fallait vraiment répondre à cette question, nous répondrions en disant qu’un livre traditionnel est certainement un livre publié par une maison d’édition.

Encore que cette réponse ne soit pas totalement satisfaisante puisqu’il existe de très bons livres qui sont à l’heure actuelle autopubliés, ou qui dorment encore au fond d’un tiroir. Ces livres n’en sont peut-être pas moins excellents, la seule différence étant qu’ils ne seront pas passés par ce que l’on pourrait appeler les « canaux traditionnels » de l’édition, qu’ils n’auront pas été relus et travaillés par des professionnels du métier et qu’ils ne jouiront peut-être pas de la même exposition médiatique ou du même rayonnement.

Ce serait la grande différence notable à notre avis. Nous pensons cependant que certaines personnes peuvent avoir assez de talent pour que leur travail n’ait besoin d’aucune retouche ni d’aucun retravail effectué par un professionnel, mais cela reste très rare, voire anecdotique.

Imaginons donc que nous soyons d’accord sur cette définition du vrai livre/livre traditionnel en disant que c’est un livre publié par une maison d’édition.

Qu’est-ce que cela signifie ? Quelles sont ses spécificités ?

Concrètement, un livre publié par une maison d’édition va passer obligatoirement par différentes phases successives.

Parmi elles (nous vous en reparlons plus longuement dans un autre article) :

  • la relecture
  • le retravail
  • l’amélioration à la lueur de regards critiques extérieurs
  • le polissage de la langue
  • la soustraction ou l’ajout de passages
  • les corrections orthographiques, grammaticales et syntaxiques
  • l’illustration du ou des graphistes
  • la communication autour de l’œuvre
  • la prise en charge des aspects légaux
  • la prise en charge de la partie administrative,…

ll faut compter au grand minimum six à neuf mois de travail pour qu’un manuscrit brut ne devienne officiellement une publication de maison d’édition.

Que les livres soient publiés au format numérique ou au format papier, toutes ces phases sont absolument identiques.

Autrement dit, rien ne différencie un livre numérique d’un livre papier au niveau de la dose de travail accompli, de l’investissement à la fois de l’auteur et des éditeurs ou du professionnalisme qui a été injecté à l’intérieur.

En terme de qualité et d’investissement, un livre numérique est donc à égalité parfaite avec un livre papier. 

Ce qui les différencie est la dernière phase du travail : un manuscrit destiné à être publié en papier est envoyé à l’imprimeur tandis qu’un manuscrit destiné à devenir un ebook est envoyé à un développeur. Et croyez-nous, ce n’est pas aussi facile qu’on ne le croit de créer des ebooks qui fonctionnent et dont l’affichage et la prise en charge s’adapte à tous les supports numériques. C’est même un véritable casse-tête chinois (aucun rapport avec le film du même nom même si Cécile de France est indéniablement une source d’inspiration).

L’emballage est-il si primordial ?

Autrement dit, si la seule différence entre un livre numérique et un livre papier est la toute dernière phase de travail, celle de l’emballage qui n’arrive qu’à la fin (après des dizaines d’autres auparavant que nous avons rapidement mais pas entièrement énumérées), alors il n’y a aucune différence entre un livre numérique et un livre papier si ce n’est son aspect physique.

Nous sommes certaines que tout le monde peut s’adapter et passer au-delà d’un a priori porté simplement sur une chose aussi secondaire et superficielle que l’apparence physique !

Nous comprenons que le papier et le numérique soient différents, que le premier ou le second puissent plaire ou déplaire à certains en fonction de leurs besoins ou de leurs habitudes de consommation, mais par pitié, ne nous dites plus jamais qu’un livre numérique n’est pas un vrai livre ! Un auteur comme un éditeur travaillent autant dessus, et réduire les considérations de vrai ou de faux à un simple aspect physique est tellement réducteur que ça en devient déprimant… Heureusement, il nous en faut plus pour déprimer, rassurez-vous 🙂

Le numérique ne viendra jamais remplacer le papier, il est juste différent tout en présentant pourtant le même travail et le même roman.

Il y a d’autres avantages à l’utilisation du livre numérique : il est moins cher, ne prend pas de place, peut s’obtenir instantanément et partout dans le monde, il permet une liberté de mouvement plus vaste pour les auteurs et les éditeurs et autorise les prises de risque… En bref, il augmente les variétés de consommation possibles, laissant au lecteur le choix de la manière dont il veut lire…

Qui se plaindra d’avoir eu le choix ? Pas nous en tout cas !

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2 Réponses à “Livres numériques et ebooks : pas des « vrais » livres ?”

  1. Vraiment sympa ces petits articles pour voir l’envers du décor !
    C’est toujours très intéressant de voir et comprendre comment ça se passe… de l’autre côté ! (même si j’en ai eu un bref aperçu ;-)).
    J’avais déjà beaucoup aimé celui sur le logo R2C ! Merci pour ces infos !

    J’avoue que j’étais aussi un peu frileuse pour commencer à lire des e-books… Et je comprends l’appréhension de certains. Mais finalement c’est pareil, mais en plus rapide et plus pratique. Le seul hic, c’est qu’on a plus vite mal aux yeux quand on n’arrive pas à décrocher du livre/PC/tablette de toute la nuit ^^

  2. Je rebondis sur le commentaire précédent 🙂
    Une liseuse ne fait pas mal au yeux contrairement au PC et tablette. L’éclairage n’est pas le même. De plus, on peut régler la luminosité, la taille des caractères.
    J’aime les livres papier et j’ai découvert la liseuse il y a deux ans (je lis sur PC aussi).
    De nuit la liseuse a quelques avantages (pas besoin d’allumer la lumière, possibilité de s’endormir dessus sans abimer les pages ou la couverture, pas de mal de crâne dû à l’écran).
    Dans une valise, la liseuse a l’avantage du poids (imaginez le nombre d’ebook dans un format plus petit qu’un livre !).
    Et à la plage … petite, anonyme, luminosité réglable, pas de sable dans les pages, pas d’eau sur les feuilles 😀
    Evidemment ça n’a pas le toucher du papier, l’odeur du livre, la mise en page, la possibilité de feuilleter rapidement des passages éloignés. Le livre papier reste un moment de sensualité pour le lecteur, et un incontournable pour la recherche, la comparaison de passage, et bien d’autres éléments auxquels je ne pense pas sur le moment.
    En fait, je pense que éditions numériques et papier sont complémentaires, de même que liseuse, PC/tablette, papier ont chacun leurs atouts.

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