Interview de Christelle Mozzati à l’origine de la charte graphique de Reines de Cœur

Interview de Christelle Mozzati à l’origine de la charte graphique de Reines de Cœur

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Hello [sourire]. Je m’appelle Christelle Mozzati, j’ai 29 ans et je suis designer. J’ai pas mal de passions dont mon métier, bien sûr (et j’en mesure chaque jour la chance), la photo, les jeux, le sport, et la moto. Je m’intéresse à beaucoup de choses, ce qui fait que j’ai un profil de designer assez polyvalent : je bosse aussi bien sur du branding (logo et charte graphique), que sur du print et du web, et ça me plaît bien de pouvoir passer de l’un à l’autre quotidiennement.

Pourquoi avoir accepté de participer à ce projet et de créer l’identité graphique de A à Z ?

Déjà, R2C est un projet porté par des personnes à qui j’ai eu naturellement envie de donner un coup de main. De plus, étant moi-même homo, le sujet et surtout la façon dont il était abordé, vouloir éditer des livres pour les femmes homosexuelles mais en sortant des clichés lesbiens, me parlait beaucoup, étant donné que ça manque dans le paysage. La culture gay est très riche, la culture lesbienne l’est un peu moins (même si ça s’étoffe de plus en plus), et je suis contente d’avoir pu apporter ma pierre à l’édifice que vous construisez. Je suis convaincue que c’est à travers ce genre de projets que l’on peut aider des personnes qui se découvrent homos aujourd’hui, et ça me paraît nécessaire, plus que jamais.

Quel est le processus de création d’un logo comme celui de Reines de Cœur ?

Le processus de création est quelque chose qui naît avant tout de l’échange que l’on a avec les porteuses du projet. On met en place un brief, en essayant de comprendre les valeurs de l’entreprise, son positionnement, le message qu’elle souhaite faire passer, bref, son identité. Mon job, c’est de faire en sorte que le message perçu corresponde au message voulu. Pour ça, je regarde un peu les codes du secteurs, ce qui se fait, ce qui ne se fait pas, dans le cas de R2C ça a été vite fait vu qu’il y a peu de concurrence et que vous vouliez clairement vous en éloigner. J’ai donc eu assez de liberté pour aller chercher ma propre interprétation. S’en suit alors une phase de brainstorming, gribouillage, où je définis des axes sur lesquels je vais travailler, pour avoir des propositions bien différentes les unes des autres, je jette beaucoup de choses, j’en garde quelques-unes que je mets au propre, que j’envisage déclinées, et je les propose. Ensuite, on en choisit une et on itère jusqu’à arriver à un point de convergence.

Quelles ont été tes inspirations pour la création graphique du logo Reines de Cœur ?

À vrai dire, je passe peu de temps à chercher l’inspiration. On avait parlé de l’idée de double-jeu, la relation à la carte de jeu (avec le nom « Reines de cœur »), et je suis allée voir comment certains avaient traité ce concept. Ça me donne des idées mais ça ne va pas plus loin, je préfère explorer de mon côté.

Comment t’es venue l’idée des deux R inversés qui dans le logo réduit dans le cercle donnent l’impression de se donner la main ?

En crobardant, je me suis vite rendue compte de la symétrie des deux R qui commencent et finissent le nom « Reines de cœur », et vu qu’on voulait aller vers du sobre et qualitatif, j’avais envie de proposer quelque chose de typographique uniquement, assez fin, et qui au final créait une forme plutôt stable de par sa symétrie.

On est plusieurs à voir une bague qui entoure les deux R se donnant la main. On a raison ou ça n’a rien à voir avec ce que tu imaginais ?

Vous avez raison [sourire]. Au départ, c’était pas forcément voulu, j’ai beaucoup joué avec les formes, et c’est au final un heureux hasard que j’ai décidé de vous proposer, car il avait du sens. La bague étant un symbole assez féminin tout en restant mixte, existant sous toutes formes et couleurs, je trouvais que ça correspondait bien à l’univers lesbien.

Quelles ont été tes inspirations pour les couvertures de Reines de Cœur ?

Je dirais que je n’ai pas eu d’inspirations particulières, mais plutôt que j’ai eu plein de contre-exemples et de types de couvertures que je voulais éviter. Ce qui est bien, c’est qu’on était en phase [rires]. Ce qui m’a guidée tout du long, c’est vraiment qu’on voulait axer Reines de Cœur sur des e-books de qualité.

Entre le brief de départ et les allers-retours suite à tes premières propositions il y a eu pas mal d’évolution. Était-ce dur de s’adapter au changement de cap ?

Des changements, il y en a eu, c’est normal, il y en a toujours [sourire]. Pas de soucis de ce côté-là, c’est aussi mon job de vous écouter et surtout de vous conseiller au mieux. J’ai tendance à penser que même si mon métier c’est d’être designer, le vôtre c’est de connaître votre société, ce que vous voulez en dire, votre cible. J’ai beaucoup à apprendre de mon client pour mieux faire mon boulot, donc j’essaie de prendre tous les retours constructifs comme tels.

Tu as décliné toute la charte graphique de Reines de Cœur, logo, logo des collections, couvertures des livres. On t’avait mis des sacrées contraintes : ne pas utiliser l’arc-en-ciel, ne pas tomber dans le cliché tout en véhiculant du divertissement féminin et lesbien. N’était-ce pas trop difficile ?

C’était un exercice auquel je m’étais déjà prêtée, et à vrai dire je préfère qu’il en soit ainsi. En graphisme, pour rendre une identité visuelle unique, il faut savoir s’éloigner des poncifs, de sa première idée. Bien sûr que quand on pense à l’homosexualité et que l’on cherche à la rendre visuelle, on imagine un drapeau rainbow, ou deux signes féminins imbriqués… Sauf qu’heureusement, ce n’est pas que ça, il y a des choses à aller chercher partout. Toutes les agences immobilières n’ont pas un logo en forme de maison, et c’est tant mieux [rires].

Le mot de la fin ? Un message à faire passer ? Allez vas -y on te le laisse !

J’ai juste envie de dire que j’ai aimé bosser avec vous sur ce projet, et je vous remercie de votre confiance. J’y crois vraiment et j’espère qu’il va aider plein de jeunes ou moins jeunes qui se découvrent, qui vivent leurs premiers émois, à les vivre un peu mieux, à savoir s’affirmer, se rendre visibles et comprendre qu’on est comme tout le monde. Le meilleur moyen d’en convaincre les autres est d’en être convaincu soi-même. Cheers !

Christelle Mozzati

Version 1 : Choix de l’axe

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Version 2 : Choix des logos

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