Nuits Blanches : Interview de l’autrice Ophélie Hervet

Nuits Blanches : Interview de l’autrice Ophélie Hervet

Bonjour Ophélie. Nuits Blanches est le premier roman que tu publies aux éditions Reines de Cœur. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots pour que les lectrices et lecteurs apprennent à te connaître ?

J’ai toujours été écartelée entre la littérature et la science. Lorsqu’il a fallu trancher, j’ai opté pour la biologie. Mais il était hors de question d’abandonner l’écriture. Après une tentative enthousiaste mais brouillonne pendant mon année de terminale, j’ai mis tout cela en pause le temps de mes études pour reprendre une fois arrivée dans la vie professionnelle. Cela va bientôt faire 5 ans que j’écris de manière frénétique et de plus en plus sérieuse. Nuits Blanches est mon premier texte long à être publié.

Maintenant que nous en savons un peu plus sur toi, est-ce que tu peux nous parler de ton roman Nuits Blanches ? Quelle est l’histoire ? Comment est-il né ?

Nuits Blanches raconte la rencontre entre Aurore, mécanicienne spécialisée dans les prothèses et Iris, chirurgienne qui implante lesdites prothèses. Toutes les deux vont se retrouver coincées au milieu d’une guerre de gang impliquant leur boss.

Ce roman est le résultat d’un croisement improbable entre un appel à textes pour une romance lesbienne et la frustration née de mon incapacité chronique à écrire des femmes. Je me suis donc lancée, par défi et esprit de contraction.

Nuits Blanches est le premier roman cyberpunk publié par Reines de Cœur. Pourquoi ce choix pour ancrer ton histoire ? C’est un genre que tu aimes particulièrement ?

J’aime beaucoup de genres différents, allant de la medieval fantasy au space opera. Mais je crois que j’ai une fascination particulière pour les « punk », du très connu steampunk au dieselpunk, en passant par tous les dérivés plus ou moins tordus comme l’atompunk ou le lunarpunk.

Ce qui caractérise pour moi ces univers, c’est leur esthétique très marquée et foisonnante. C’est la première fois que je m’y essaye en écriture et je ne suis sans doute pas la meilleure candidate. Mon cerveau cartésien aime trop la cohérence pour me permettre de m’éclater vraiment dans un monde comme celui que l’on trouve dans les mangas associés à ce genre. Et je manque encore de bouteille pour créer un univers ultra-futuriste crédible. Cela donne un roman que l’on pourrait définir comme du « light-cyberpunk », qui en reprend les codes en mode réaliste et futur proche.

Dans ce roman il y a une histoire F/F mais aussi, en fond, une histoire M/M entre un infirmier et le second d’un gang qui est aussi polyamoureux. C’était important pour toi d’intégrer ces aspects ?

Comme souvent, c’est venu avec les personnages. Jérôme était censé être bi, ce qui n’est pas très réussi parce qu’il penche au final très majoritairement du côté des hommes. En revanche, le polyamour lui a immédiatement collé à la peau sans que ce soit prémédité de ma part. C’est juste un élément naturel de sa personnalité qui est ressorti au fil de l’histoire, et il s’est trouvé un compagnon qui s’y est adapté avec une facilité déconcertante. J’ai foncé, parce que c’est effectivement une thématique très importante pour moi et largement sous-exploitée en fiction. On la retrouvera d’ailleurs de manière bien plus poussée dans un prochain texte.

Tes deux personnages sont très différents et en même temps extrêmement débrouillards et forts. Si tu devais choisir entre Aurore et Iris, laquelle préférerais-tu et pourquoi ?

Hum, bonne question. Fondamentalement, Iris me ressemble plus. La scientifique cultivée mais peu sûre d’elle et trop dépendante de ses proches, c’est moi. C’est sans doute pour ça que je trouve Aurore beaucoup plus fun.

La force d’Aurore, c’est sa certitude absolue en sa place et ses capacités. Elle ne se pose jamais de questions inutiles, doute très peu malgré les situations inextricables dans lesquelles elle se retrouve. Elle soupèse ses options, en choisit une et agit, quitte à faire les mauvais choix. C’est une forme de force que j’admire énormément.

Quand on lit ton histoire, on a presque l’impression de pouvoir devenir chirurgien ou mécanicien. C’était important pour toi d’immerger à ce point le lecteur dans les différentes situations techniques ?

Oui. Pour moi, la force d’un livre, c’est sa capacité à plonger le lecteur dans la tête des héros. C’est impossible si les actes qui constituent la majeure partie de la vie de ces personnages sont survolés. Aurore et Iris sont toutes les deux des acharnées du travail, passionnées par ce qu’elles font. Ce n’était pas envisageable d’esquiver une part aussi fondamentale de leur être.

L’argent définit les espaces où vivent tes personnages, avec un côté « riche » et un côté « pauvre ». Tu penses que les inégalités ne vont qu’empirer à l’avenir ?

Mon côté optimisme tente de me convaincre du contraire, mais je ne peux pas nier que l’avenir dépeint par Nuits Blanches me fait peur. Ces mondes très contrastés, très violents, qui poussent les personnages dans les retranchements sont un terreau exceptionnel pour les histoires, mais ils sont devenus beaucoup trop réalistes à mon goût.

Il y a des blessés et des morts dans ton histoire. Tu n’as jamais eu peur d’aller trop loin ou de trop aimer un personnage à qui tu savais que tu devais faire du mal pour les raisons de l’histoire ?

Faire du mal à mes personnages ne m’a jamais posé de soucis. Au contraire, je crois que l’on peut mesurer mon amour pour eux à la puissance des coups qu’ils se prennent (ne me regarde pas comme ça, Marc).

La mort, c’est autre chose. Un héros blessé peut se relever, guérir et retrouver une certaine forme de bonheur par la suite. Tuer un personnage auquel je me suis attaché c’est… très dur. Et parfois, je n’ai pas le choix. Le pire, c’est que comme je suis jardinière (je ne fais jamais de plans avant d’écrire), il arrive que je ne réalise qu’au dernier moment que je n’ai pas d’autre solution. Ce n’est pas le cas dans Nuits Blanches, mais dans d’autres textes, il y a des morts qui m’ont fait pleurer. Et il y en aura encore.

Est-ce qu’il y a des personnages auxquels tu as été surprise de t’attacher en écrivant cette histoire ? Est-ce qu’on aura la chance de les découvrir dans une potentielle suite ?

Là, je pense directement à Alpha. Dans la première version, il n’était qu’un personnage outils avec une apparition et trois lignes de dialogue. Mais pour cette apparition, j’ai dû me demander à quoi ressemblait le chef du gang le plus robotisé de la ville et j’ai un coup de cœur absolument immédiat pour lui.

Il apparaîtra donc dans le spin-off que je suis en train d’écrire, qui se déroule du point de vue de sa fille (fille qui apparaît dans Nuits Blanches, ça vous dit quelque chose ?). Nous parlions de polyamour tout à l’heure, dans ce second texte, je m’en suis véritablement donné à cœur joie pour développer la cellule familiale de ce drôle de personnage, à laquelle personne ne comprend rien en dehors des principaux concernés.

Si tu devais convaincre les lectrices et lecteurs d’acheter ton roman, qu’est-ce que tu aimerais leur dire ?

Question compliquée ! J’ai demandé à ma copine, et elle m’a répondu avec un air d’évidence « parce qu’il y a des prothèses et de la chirurgie réaliste ! ». Mais je crois que nous sommes biaisées.

Alors je vais répondre : parce que c’est un mélange des genres. Un texte qui mêle romance et science-fiction avec une saine dose de violence et de trauma.

Retrouvez Ophélie Hervet sur son site internet.

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