Patricia Nandes – Interview de l’autrice pour la sortie de Sentence – Les Amazones

Patricia Nandes – Interview de l’autrice pour la sortie de Sentence – Les Amazones

Bonjour Patricia, est-ce que tu peux te présenter pour nos lectrices et lecteurs qui ne te connaissent pas encore ? Qui es-tu ? Quel est ton parcours ?

Patricia, c’est à la fois mon prénom d’auteure et l’un de mes prénoms de naissance. Il y a donc une continuité entre mes identités. J’ai 60 ans et mon parcours n’a jamais été un long fleuve tranquille. En apprentissage à l’âge de 14 ans, émancipée à 16. J’ai repris des études en psychologie comportementale bien plus tard.

Ton style est très affirmé, on sent que tu l’as beaucoup travaillé. Depuis combien de temps écris-tu ?

Toute petite, j’écrivais des mots dans la terre. Je pensais que chaque lettre atteindrait son but, à savoir une divinité que j’avais inventé. Elle avait le pouvoir de modifier le cours des événements, en l’occurrence ma vie de l’époque. Puis je les effaçais, ces mots, afin que personne ne me les vole !

Comment est née l’histoire de Sentence ? Qu’est-ce qui t’a poussé à vouloir écrire ce polar ?

De mon incapacité à mettre en mots ce qui m’était arrivé durant l’enfance. J’ai dû écrire cinq ou six versions différentes. Et puis j’ai abandonné. De toute façon, me disais-je à l’époque, ça intéresse qui ? Et puis un jour une amie m’a dit, pourquoi n’en ferais-tu pas un polar ? L’idée a fait son chemin et je suis partie de faits authentiques, à la fois en France et en Italie, et j’y ai ajouté la Suède parce que j’ai toujours rêvé d’aller dans ce pays ! Le personnage de Pauline, c’est en fait le mien. Attention, c’est romancé, je n’ai tué personne, même si l’idée m’a souvent traversé la tête ! La petite fille que j’étais a été violée à l’âge de 8 ans par mon beau-père puis vers 12 ans par mon oncle. Le traumatisme ne s’efface jamais, il est là, il rôde, même après des années de thérapie. Sentence, c’est avant tout un grand cri d’amour pour les femmes.

L’univers de ton roman est très sombre, froid, la neige renforce ce sentiment d’oppression. C’est quelque chose que tu souhaitais dès le départ ?

Oui. Le froid est un personnage à part entière. Je pars du principe qu’on lutte plus efficacement contre le froid que contre la chaleur. Les membres s’engourdissent et l’esprit doit prendre le relais. Le froid, la neige, le gel, tout cela fige une situation, en l’occurrence les crimes. Il devient donc plus difficile de discerner le vrai du faux. L’oppression vient aussi des trajectoires des trois héros qui vont vivre une catharsis commune. Ils la pressentent sans jamais la voir venir. Et lorsqu’elle leur éclate à la figure, c’est trop tard, il faut y faire face. L’affronter sans reculer d’un pas.

Contrairement à ce qu’on a l’habitude de lire, ici, il n’y a pas un héros, mais trois. Tu as toujours voulu ce trio ? Comment s’est-il imposé à toi ?

Je voulais un homme dans cette histoire de femmes. Un homme de poids ! Vu la stature de Nygren, la balance était équilibrée ! Je voulais aussi une histoire d’amour entre deux femmes qui représentent mes racines. Je suis 100% italienne, mais je suis née et j’ai vécu en France. Ma mère a quitté l’Italie durant l’après-guerre. Elle ne parlait pas un mot de Français en arrivant dans la région d’Avignon. Mon vrai père, je ne l’ai jamais connu, mais il était italien lui aussi. Ma mère n’a jamais voulu nous apprendre sa langue natale. Une façon de conjurer le sort. Elle avait trop souffert dans son village, sa mère et toutes les femmes de la famille avant elle. Laura représente ce lien entre les deux pays, justement parce qu’elle parle très bien le français, alors que moi je suis incapable de prononcer une phrase d’italien. Je tiens à préciser que tout ce qui se passe dans le village italien est véridique, mis à part les meurtres, bien sûr ! Je suis originaire de la région de Naples, une terre rude et pas vraiment hospitalière de mon point de vue.

Pour moi, c’était une évidence qu’Alex tombe amoureuse d’une italienne ! Et puis Laura est solaire, ça créait tout de suite une alchimie entre les deux héroïnes. Un côté pile et un côté face. Yin et yang. Laura n’a peur de rien, elle fonce et réfléchit après, quelques fois trop tard d’ailleurs ! Tout le contraire d’Alex/Bertaud.

Peux-tu nous parler un peu de Krister, Alex et Laura ? Qui sont-ils et que représentent-ils pour toi ?

Krister, c’est un peu l’image du père idéal. Faillible, entier, amoureux, fidèle. J’ai beaucoup de tendresse pour lui. J’aurais adoré avoir un père comme ça, avec ses failles et ses moments de gloire. Alex / Alexandra / Bertaud, représente la mosaïque que doit affronter une femme ayant subi la violence physique et mentale dans son enfance. J’ai traversé une phase un peu similaire lors de mes différentes thérapies. C’était pas évident à gérer toutes ces personnalités qui essayaient de s’affirmer afin de prendre le pas sur les autres. Laura, c’est le meilleur de mes racines. Une femme forte, dominante, solaire, irascible et passionnée. Je l’adore cette fille. C’est un peu un idéal féminin pour moi.

Sentence est un roman noir avec des mutilations génitales. Même si tu n’as été trop loin dans la description de ces scènes, le lecteur en ressent toute l’horreur. Tu n’as pas eu peur de choquer quand tu les as rédigées ?

J’ai essayé de ne pas tomber dans le gore. C’était un souci dès le départ. Mais la vengeance, surtout celle-ci, passe par la souffrance des bourreaux. C’est tout autant un code littéraire du polar qu’une obligation, j’allais dire morale, mais il ne s’agit pas de morale, plutôt de justice. Après, la question de choquer ne s’est pas posée de cette façon. Un meurtre reste un meurtre, inutile de l’édulcorer. Il fallait trouver un bon équilibre. J’en ai marre de lire des thrillers où des femmes, plutôt jeunes et plutôt bien foutues, sont débitées en morceaux par de pauvres maniaques ayant subi des traumatismes dans l’enfance ! J’aimerais bien que la parité s’instaure peu à peu dans les macchabées de la littérature policière !

Tout au long de Sentence il est question d’avancer, de continuer à vivre et tes personnages font preuve d’une grande résilience. C’est quelque chose que tu souhaitais absolument montrer ?

Pour le coup, la résilience est totalement autobiographique et directement héritée de ma mère, Carmina. Elle n’a pas hésité à me placer en apprentissage dès l’âge de 14 ans afin que j’échappe aux « hommes » de la famille, puis à me faire émanciper à 16 malgré la peine qu’elle a dû éprouver. Elle savait que je devais partir pour avoir une chance de survivre.

Comme je te le suggérais en début d’interview, ma vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Lorsque j’étais au foyer des jeunes travailleurs, j’ai été de nouveau violée par un surveillant. Je pensais être à l’abri, mais non. Alors j’ai appris à me défendre, à lutter, à ne jamais courber l’échine. J’ai appris de mes échecs et j’apprends toujours, même à 60 ans ! Mes personnages sont courageux, et quelque part, affaiblis par ce courage qui les exposent davantage que les autres. Bizarrement, et je l’ai appris à mes dépends, la résilience est un cercle vicieux, il faut la dépasser afin d’envisager vivre autrement.

Sans trop en révéler tu as imaginé la suite de cette histoire et rédigé deux nouveaux tomes. Que peux-tu nous en dire ?

Les tomes 2 et 3 sont en quelque sorte le négatif de Sentence, dans le sens ou les faits se déroulent en plein été et par une chaleur caniculaire, mais aussi par la nature des crimes, des cibles et du modus operandi. Les rôles vont aussi s’inverser, les objectifs deviennent dangereusement contradictoires pour nos deux héroïnes. Les racines de ce qui leur arrive dans ces deux tomes est la conséquence directe de l’enquête menée dans Sentence.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site officiel de l’autrice en cliquant ici.

Patricia Nandes

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