Protéger ou ne pas protéger nos livres lesbiens numériques ?

Cadenas

Lorsque nous avons décidé de lancer la première maison d’édition lesbienne numérique, plusieurs questions se sont posées à nous. Passé le choix du nom (ça n’a pas été évident d’arriver à Reines de Cœur !), les difficultés administratives et la découverte de nouvelles auteures, le sujet des fichiers est devenu prioritaire. Nous voulions pouvoir offrir les principaux formats pour permettre la lecture de nos livres lesbiens sur de nombreux supports.

Nous sommes toutes les trois des geeks (d’où une maison d’édition lesbienne numérique, c’est logique remarquez) et nous sommes suréquipées en terme de matériel informatique, nous en avons conscience. Mais aujourd’hui les smartphones sont de plus en plus répandus et on voulait que nos lectrices soient capables de découvrir tranquillement notre dernier roman lesbien dans le métro, en allant au travail le matin, ou encore à la plage ou dans n’importe quelle salle d’attente ! Il fallait donc réfléchir au format, au rendu et l’interopérabilité.

Parce que si vous avez acheté une liseuse vendue par la FNAC ou par une grande surface type Auchan ou Carrefour, vous ne lirez déjà pas notre epub de la même manière ! Alors si en plus on rajoute Amazon avec son Kindle qui a son propre format et qu’on pense à celles qui n’ont qu’une tablette (ce qui est déjà énorme) on a des fichiers très divers. L’accent a donc été mis sur le respect des standards pour offrir la meilleure qualité de lecture possible. Et au passage, comme on veut s’améliorer en permanence, on risque de vous envoyer des questionnaires et de vous poser des questions sur le sujet dans les semaines à venir.

DRM, GND, FDN… Que signifient ces acronymes barbares ?

Après la question des formats et de l’interopérabilité, celle de la protection s’est imposée rapidement. Devions-nous protéger nos pdf, epub et mobi avec des DRM ? Pour celles qui l’ignorent, DRM c’est anglais (plus répandu qu’en français) et cela signifie Digital Rights Management. Version francophone, cela donne GND pour Gestion Numérique des Droits ou FDN si vous mélangez les mots, comme vous préférez.

Le rôle d’un DRM c’est de limiter le piratage. Pour cela il va restreindre la lecture du fichier. Il a plusieurs façons de le faire. Il peut restreindre :

  • Par zone géographique (du coup il ne faut pas voyager ce qui est stupide parce que ça veut dire que vous ne pouvez pas lire votre livre lesbien dans l’avion ou à l’autre bout du monde),
  • Par support (ce qui veut dire que si vous ouvrez le fichier sur votre ordinateur parce que vous êtes prévoyante, vous ne pouvez pas l’envoyer sur votre tablette ou votre téléphone, mais dommage votre ordinateur est un bon vieux pc fixe et vous vouliez lire votre roman lesbien dans le train),
  • Par vendeur (c’est-à-dire protéger les versions vendues sur Amazon, FNAC et autre en vous obligeant à acheter via l’une de ces plateformes, même si on préfèrerait que ce soit directement sur notre superbe site qui promeut la littérature lesbienne, rien que ça).

Le tout bien évidemment en vous empêchant de copier le document pour votre usage privé.

La balance entre la protection du travail de nos auteures et la liberté accordée aux lectrices a donc été un vrai sujet à débat dans l’équipe.

Enlever des DRM se fait facilement, il y a légions de tutoriels sur le web. Comme on ne doute absolument pas de l’intelligence de nos lectrices, on s’est dit que la plupart arriveraient à les ôter si elles le veulent vraiment. On l’a nous-mêmes testé, c’est d’une facilité déconcertante ! Concrètement, cela ne protège pas un livre et encore moins les romans lesbiens de nos auteures préférées.

Pourquoi avons-nous choisi de ne pas mettre de DRM à nos livres lesbiens ?

Nous avons décidé d’agir autrement en faisant confiance aux lectrices. Vous pouvez donc ouvrir partout, sur tous les supports, les livres que vous achetez. Vous pouvez les prêter à votre copine ou à votre mère (si vous voulez que votre mère lise des livres lesbiens bien évidemment !).

Par contre, ce n’est pas parce que nous n’avons pas mis de protection que nous ne protégeons pas le travail de nos auteures. Loin de là. Leur investissement, leur implication, leur travail nécessitent respect et reconnaissance. Mais nous avons décidé d’agir à un autre niveau. Nous lutterons ainsi contre le piratage et l’échange de masse sur les réseaux peer-to-peer et les torrents. Pas de bol, nous sommes des geeks, nous les connaissons !

Autant jouer cartes sur table tout de suite, nous n’hésiterons pas à porter plainte si les romans se retrouvent sur les plateformes de téléchargement en ligne. Nous irons en justice s’il le faut et nous poursuivrons les responsables de ces actes illégaux qui sont contraires au droit de propriété intellectuelle.

Nous pensons que l’on peut à la fois respecter les lectrices et les auteures. L’avenir nous dira si nous avons raison… ou tort.

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