Sensitivity Reader : Pourquoi Reines de Coeur fait parfois appel à ces lecteurs particuliers ?

Sensitivity Reader

Qu’est-ce qu’une Sensitivity Reader ou ce qu’on pourrait appeler lectrice en sensibilité en français ?

Une Sensitivity Reader ou Lectrice en Sensibilité est une lectrice professionnelle qui va porter un regard spécifique sur la question de la diversité dans une histoire. Son rôle est de s’intéresser à la présence ou non de stéréotypes ou de représentations biaisées basées sur des idées fausses ou erronées.

La controverse des sensitivity readers : Non, il n’est pas question de censure !

Aux Etats-Unis où cette profession est née, comme en France, les sensitivity readers ont parfoi mauvaise réputation. Pour nombre de personnes, il s’agit de censure. À ce titre, une rapide recherche vous permettra de trouver très facilement des articles ou vidéo à charge. En effet, difficile de faire plus négatif que l’article de Marianne sur le sujet. Allez, on vous met le lien quand même, on est joueuses.

Pour nous, chez Reines de Coeur, clairement les personnes qui parlent de censure n’ont pas compris le fond du problème. Et le fond du problème nous allons vous le donner très simplement, la littérature en France est élitiste et à majorité blanche et masculine. On pourrait vous sortir des références, des analyses, des ventes, mais on ne va pas perdre de temps sur le sujet. Juste un article issu de France Culture sur l’entre-soi des prix littéraire. C’est édifiant.

La voix des femmes et des minorités…

Quand nous avons créé Reines de Coeur, il était pour nous évident que nous allions donner la parole à des femmes avant tout. Parce que la parole des femmes est toujours difficile à trouver et à attendre. Parce que nous sommes trois femmes et que nous voulions proposer cette voix et cette identification qui compte pour nous.

Quant à l’aspect lesbien, quand vous êtes trois lesbiennes qui ont manqué de représentation, ça coule de source. La création de la maison d’édition répond à un vrai souci de visibilité, de représentation. Alors oui, si on nous le demande, Reines de Coeur est un projet militant puisqu’il occupe l’espace en proposant des histoires dont les héroïnes sont des femmes qui tombent amoureuses d’autres femmes, qu’elles soient lesbiennes, bisexuelles, pansexuelles ou qu’elles refusent de s’identifier.

Au début de la maison d’édition, nous n’avons pas été plus loin dans la réflexion. Les sensitivity reader commençaient juste à se faire connaître aux Etats-Unis, notre budget était plus serré et puis mince, trois femmes lesbiennes qui éditent des romans avec des femmes et des lesbiennes, c’était de notre ressort.

En résumé, on est nos propres sensitivity reader. Raison pour laquelle aucun tapuscrit d’homme n’a encore réussi à passer la sélection d’entrée, on n’est jamais parvenu à se reconnaître dans des écrits masculins (mais on ne ferme pas la porte pour autant !).

Toutes les minorités !

Et puis les années ont passé et l’évidence de nos propres lacunes et de nos biais nous est apparue. Alors on peut faire l’autruche, se mettre la tête dans le sable et refuser de se remettre en question. Mais chez Reines de Coeur, on n’est pas trop comme ça, on aime apprendre.

Donc, on est toutes les trois blanches, d’ascendance catholique, on a plus de 33 ans et on n’a pas de maladie chronique ou de handicap (9 doigts 1/2 quand ça ne vous empêche pas de travailler, ce n’est pas un handicap, juste la possibilité de faire de mauvaises blagues lesbiennes, promis).

Là, sont apparues nos limites. Parce que si vous voulez parler de diversité et proposer de la diversité, il faut aller au-delà de ce que vous êtes, de ce que vous connaissez. Et donc, comme nous l’avons dit, accepter et appréhender ses propres limites.

Sian la première vampire Asiatique créée par Axelle Law

Si on a choisi d’éditer Blood Moon L’Eveil d’Axelle Law c’est parce qu’on est tombées amoureuses de l’univers et des personnages. Coup de foudre unanime de l’équipe. Seulement, vous avez vu, Sian, l’héroïne, est Chinoise. Est-ce qu’on s’est arrêtées sur la question au début ? Honnêtement, non. Est-ce qu’après coup, on s’est dit que c’était important pour la visibilité ? Bien sûr !

Axelle Law, l’autrice est Suisse de parents d’origine Vietnamienne. On se doute qu’elle sait ce qu’elle fait quand elle définit Sian comme “l’Asiatique”. Mais est-ce qu’on s’est interrogé sur l’emploi du mot ? Oui. Parce que l’objectif était de faire apparaître un personnage chinois sans pour autant blesser qui que ce soit.

La visibilité oui, mais pas à n’importe quel prix.

Pendant des années les lesbiennes ont été peu ou pas représentées. Et quand elles l’ont été, c’était une avalanche de stéréotypes comme dans Gazon Maudit.

La question de la visibilité et de la justesse de la représentation est importante. La personne qui vous dira le contraire n’appartient à aucune minorité et ne sait pas ce que c’est de souffrir des stéréotypes.

La sensitivity reader est là pour supprimer ces stéréotypes et ces idées fausses

Nous n’avons jamais été dans un pays en guerre, nous avons eu la chance de toujours manger à notre faim, nous n’avons jamais été discriminées sur notre couleur de peau. Reconnaître, que nous n’avons pas toutes les réponses, que nous baignons dans une culture qui véhicule des stéréotypes, est aussi avoir un regard critique sur ce qui nous entoure.

Nous n’avons pas toutes les réponses et nous ne savons pas tout.

Quand on nous soumet un roman que nous aimons, mais qui traite d’un sujet que nous ne maîtrisons pas, nous préférons nous entourer de personnes directement concernées par ces questions. Pour être les plus justes possibles, pour ne pas blesser des minorités que nous aimerions voir représentées dans nos ouvrages, pour nous débarrasser de ces idées fausses qu’on nous inculque et que nous essayons de déconstruire.

Faire appel à une sensitivity reader est pour nous l’aveu que nous ne savons pas, mais que nous voulons faire au mieux.

Ce n’est pas de la censure, c’est reconnaître qu’une personne qui n’est pas directement touchée par un sujet peut se tromper, malgré toute sa bonne volonté et ses recherches qui peuvent avoir duré des années. À cause de biais, à cause de la société, à cause du monde dans lequel nous vivons. Et oui, si vous nous le demandez, nous encourageons les autrices à faire lire leur manuscrit autour d’elles et à avoir de nombreux retours pour l’améliorer surtout sur des sujets qu’elles ne maîtrisent pas.

Marjorie Ingall, sensitivty reader, le résume très bien :

« Bien sûr qu’un auteur peut écrire de la fiction qui ne soit pas basée sur sa propre expérience. Tout le monde est libre de faire ce qu’il veut. Mais s’il représente mal certaines personnes, il peut s’attendre à une réaction de colère. Si je me lançais dans l’écriture d’un polar se passant dans le monde médical, je demanderais évidemment à un ami docteur de me relire pour être sûre que je parle correctement de l’aspect médical. »

ADN.eu

En conclusion, on pourrait dire :

La diversité oui, mais pas n’importe comment. Et quand on ne sait pas, rien de mieux que s’adresser à des spécialistes !

Sources :

Un article très intéressant qui pose les questions et limite les partis pris sur l’ADN.

Article avec un titre bien accrocheur, mais un fond plus construit qu’il n’y paraît sur Actualitté.com.

Planète Diversité, une ressource très enrichissante.

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