Venue de Loin : interview d’Isabelle B. Price pour sa nouvelle

Isabelle B. Price

Bonjour Isabelle, peux-tu nous présenter ta nouvelle lesbienne Venue de Loin ?

Salut ! Alors, ce n’est pas facile à expliquer. Je voulais une histoire pas courante avec un petit côté science-fiction. Disons que je suis fan de fantastique et de science-fiction et que je suis souvent déçue de voir que la littérature lesbienne n’explore pas ces contrées. Je suis donc partie du postulat qu’il fallait inventer une femme forte et courageuse qui soit lesbienne ou bisexuelle. C’est mon héroïne, Lexie. Sans trop en dévoiler elle va devoir protéger quelque chose cher à son cœur en bénéficiant d’un soutien inattendu.

Ton histoire se passe dans le désert, quoi de mieux pour évoquer la chaleur ! L’été, ou plus généralement les périodes où les températures sont douces, sont-elles des périodes qui t’inspirent ou te rendent productive ?

L’été ne me rend pas productive, non ! Loin de là. Disons juste que je dors moins, du coup les journées paraissent plus longues et j’arrive à faire une quantité incroyable de choses. Enfin, je crois… Après, je trouve toujours très agréable d’écrire au soleil, sur le balcon et prochainement je l’espère dans mon jardin.

Bon, par contre, spoiler : le désert était le lieu idéal pour faire évoluer mon histoire. Disons que vu le contexte dans lequel je fais progresser les personnages que j’ai imaginé, tout cela passe plus facilement inaperçu dans le désert ! [rires] Du coup, j’ai profité de cet avantage. En plus cela créait de la difficulté pour mes personnages et c’était pas plus mal. Il fallait un peu de suspense ! Tiens d’ailleurs, pour revenir à la question précédente, on pourrait dire que c’est une nouvelle de science-fiction avec du suspens.

En revanche, l’une de tes héroïnes – sans divulguer trop d’informations sur ton scénario – souffre énormément de la chaleur et se déshydrate très vite. C’est cruel de l’avoir mise en plein désert, non ? [rires]

Il fallait bien qu’elle ait un point faible quand même. Elle a d’autres qualités à côté. [rires]

Je ne dirais pas que c’est cruel, je dirais que c’est pratique pour mon histoire. Cela m’a permis de la mettre dans une situation pas évidente en forçant le lecteur à comprendre qu’il y a quelque chose qui est étrange chez elle… Elle attire ainsi l’attention et éveille la curiosité…

Ta nouvelle est classée dans la catégorie fantastique, tout comme ton premier roman, dirais-tu que c’est ton style de prédilection ?

Oui, je crois ! [sourire] J’avoue, le fantastique lesbien est la raison pour laquelle j’ai voulu créer la maison d’édition Reines de Cœur. Le fantastique et la science-fiction me manquaient vraiment dans le paysage lesbien. Je trouve intéressant d’aller assez loin dans la création d’un monde à part entière. En fait, peu importe qu’il intègre des loups-garous, des sorcières ou des extra-terrestres. Ce qui est amusant c’est justement de voir jusqu’où on peut aller.

De ma frustration de ne trouver que peu de romans ou nouvelles fantastiques lesbiennes est née mon envie d’en créer. C’est ridicule, mais je me suis dit que j’allais remplir tout doucement cette catégorie.

Il me manque les vampires, les loups-garous, les fantômes, les morts-vivants… Et je dois en oublier. Bref, j’ai encore du boulot !

J’aimerais beaucoup te poser des questions sur tes choix scénaristiques et notamment sur le choix de la « nationalité » de tes personnages (rires), mais j’ai peur de trop en dévoiler. Qu’est-ce que tu pourrais nous dire à ce sujet ?

Non, mais je pense qu’il faut le dire parce que si quelqu’un achète la nouvelle sans savoir, j’ai peur qu’elle ou il se sente floué. Donc il y a une extra-terrestre ! Elle vient d’une planète qui n’est pas Krypton… Je ne peux cependant en dire plus au risque de tout dévoiler.

Je crois que la rencontre entre l’humaine et l’alien que j’ai créées est intéressante. Enfin je l’espère. Je souhaite qu’elle donne envie aux lectrices de découvrir ma nouvelle, Venue de Loin. Ce que je voulais avant tout, c’est créer une rencontre entre deux individus que tout oppose et les faire évoluer chacun dans une direction.

Oui, d’ailleurs, ton histoire a plusieurs niveaux de lecture possibles.

Tout à fait. Je pense que j’ai toujours imaginé l’écriture de cette nouvelle ainsi. Ici, ce n’est pas l’homosexualité féminine qui est au centre de l’histoire. C’est normal, accepté par mes deux héroïnes, bref, on se fout de cette réalité. Ce qui va poser problème c’est ce que sont mes personnages à part entière.

Elles ont le sentiment de savoir qui elles sont, mais petit à petit leurs certitudes vont être remises en cause. Et puis il y a l’enfant… Il se sent responsable des problèmes qui se passent alors qu’il n’est en rien responsable. Il est juste lui. Il est né comme cela et il n’a pas à s’excuser d’être qui il est. Pourtant il aimerait, quand il voit toutes les difficultés qui découlent de sa condition. À un moment donné, Lexie, mon héroïne fait un discours qui parlera à beaucoup de personnes qui se sentent différentes de la norme.

As-tu quelque chose à préciser qui pourrait être utile aux lectrices ? Un message à faire passer ?

Je pense que cette nouvelle n’est pas une nouvelle lesbienne comme Reines de Cœur a l’habitude d’en publier depuis ses débuts. On est plus dans un univers de science-fiction qui nous permet de nous évader. L’homosexualité n’est qu’anecdotique ici.

Du coup cette histoire peut plaire à tout le monde — sauf à ma compagne, qui préfère la romance, mais je l’aime quand même. [rires] Non, plus sérieusement ma meilleure amie qui est hétéro a adoré justement pour les différents niveaux de lecture et le côté action. Ah oui, parce que j’ai oublié de le dire avant, mais il y a beaucoup d’action. Des explosions, des fusillades et tout et tout.

Donc si vous êtes aventureuse et curieuse de savoir ce que ça peut rendre, foncez, je pense que vous serez surprise.

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