SOS Hôtel en détresse : Le deuxième roman lesbien traduit de l’anglaise Emily Banting
Pouvez-vous présenter l’histoire de SOS Hôtel en détresse à nos lectrices ?
SOS Hôtel en détresse, c’est avant tout l’histoire de deux femmes qui se rencontrent au moment précis où elles ont besoin l’une de l’autre, sans le savoir. Elles ne se trouvent pas tout de suite. Mais elles finissent chacune par offrir à l’autre exactement ce dont elle a besoin.
Le roman s’ouvre sur le deuil d’Arte, qui vient de perdre sa grand-mère, avant de basculer vers la comédie romantique avec l’arrivée de l’équipe de tournage. Comment avez-vous travaillé cet équilibre entre émotion et légèreté ?
C’est la vie, non ? Quelque chose nous pèse toujours. Mais un simple coup à la porte, alors qu’on est encore en pyjama, peut nous forcer à changer de visage et nous entraîner ailleurs. Ça ne veut pas dire que le poids disparaît. Ça veut juste dire qu’on le porte différemment.
Les deux héroïnes de SOS Hôtel en détresse : Arte et Charlotte
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Arte ? Elle est sculptrice et doit reprendre l’hôtel familial qu’elle a hérité avec sa sœur.
Arte revient de l’étranger. Dès son retour en Angleterre, elle se trouve replongée dans son passé, mais sans la personne qui l’y rattachait le plus. Selon elle, elle a une tâche à accomplir, un héritage à honorer. Elle veut rénover l’hôtel, le faire réussir, tout en essayant de poursuivre ses propres rêves d’artiste. C’est une femme très déterminée, même face à une mission qui semble impossible.
Charlotte dirige un grand groupe hôtelier et anime en parallèle une émission de télé réalité, sous le regard très critique de sa mère. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce personnage ?
Charlotte a beau avoir réussi par elle-même, elle a toujours vécu dans l’ombre des accomplissements de ses parents, et ça la ronge. Elle a travaillé dur, mais rien ne semble jamais suffire aux yeux de sa mère. La seule personne qui croyait vraiment en elle, c’était son père, et il est mort avant de pouvoir vraiment voir ses réussites. Son mariage vient de se terminer au début du roman et elle ne sait plus vraiment qui elle est. Elle se trouve à un tournant, même s’il lui faudra du temps pour s’en rendre compte.
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Deux univers qui s’affrontent…
Arte et Charlotte viennent de deux mondes complètement opposés, entre l’authenticité un peu défraîchie de l’Aloysius et le luxe calculé des Hôtels Beaufort. L’affrontement était-il inévitable ?
Elles n’ont pas du tout la même idée du luxe ! Du coup, l’entente immédiate n’a jamais été à l’ordre du jour pour moi.
Le cœur d’Arte est ancré dans la tranquillité de la campagne, celui de Charlotte dans l’effervescence de la ville. Petit à petit, quelque chose va changer.
Avec son grand escalier et sa cheminée en pierre, l’Hôtel Aloysius ressemble presque à un personnage à part entière. Vous êtes vous inspirée d’un lieu réel pour le décrire ?
Oui, c’est un endroit qui compte énormément pour moi, Lainston House. C’est un country house hotel du 17e siècle, près de Winchester. Il apparaît d’ailleurs brièvement dans Brisée à jamais, comme lieu de la réception de mariage de Rosie et Greg, deux amis à moi dans la vraie vie.
Pour SOS Hôtel en détresse, j’avais besoin d’une demeure de campagne que je connaissais bien. Elle s’est donc transformée en Hôtel Aloysius.
Des personnages secondaires haut en couleur !
On a adoré Freddie ! Pouvez-vous présenter ce personnage secondaire à nos lectrices ?
Freddie a eu une vie difficile, mais il s’en est sorti grâce à Charlotte, qui a décidé de lui donner sa chance. Elle a vu quelque chose en lui bien avant qu’il ne le voie lui-même. En retour, il reste un employé loyal, et on pourrait même dire, un ami.
Rodin le labrador va sans doute devenir la mascotte préférée des lectrices. En aviez-vous conscience, et est-ce pour ça qu’il figure sur la couverture ?
J’aime lire des livres avec des animaux, alors j’aime que mes lectrices sachent quand j’en glisse un dans mes histoires. Je trouve que ça apporte un petit quelque chose… même quand la mascotte en question est un camping-car Volkswagen (voir Brisée à jamais, de son petit nom c’est Gertie) ou une péniche.
Des thèmes qui comptent pour donner de la profondeur à la romance lesbienne
Quand Charlotte décide de prendre du recul (elle ne fuit pas), était-il évident qu’elle finirait par se rendre à l’Aloysius ?
Au moment où elle prend ce recul, elle a encore un long chemin émotionnel à parcourir avant de pouvoir revenir. Au fond, l’attirance qu’elle ressent pour Arte ne va pas disparaître, mais elle a conscience du prix à payer pour la vivre pleinement.
Le roman aborde beaucoup le deuil, l’héritage familial, et le fait de rester fidèle à soi-même. Ces thèmes comptent-ils particulièrement pour vous ?
Oui, énormément. Parfois je ne prévois même pas d’aborder l’un de ces thèmes dans un livre, il s’invite tout seul. J’essaie souvent d’éviter le deuil, mais j’échoue lamentablement. C’est tellement difficile à éviter, il n’y a personne que ça n’a pas touché, sous une forme ou une autre.
Quant au fait de rester fidèle à soi-même, je pense que c’est important pour chaque lectrice ou lecteur LGBTQ+. On est soit fidèle à soi-même, soit on aimerait l’être.
Des héroïnes plus âgées avec de l’expérience qui vivent encore de belles aventures
Dans vos romans, les héroïnes ont souvent plus de 40 ans. Pourquoi ce choix délibéré ?
Étant moi-même une femme de plus de 40 ans, je sais à quel point elles sont peu représentées, et à quel point elles sont intéressantes. Les femmes dans cette période de leur vie ont souvent pris l’habitude de s’effacer pour les autres. Alors quand elles arrêtent, ça donne forcément une histoire intéressante. Je pense qu’à ce moment de la vie, on commence à se demander comment on veut vivre la suite. Et mes héroïnes réalisent qu’elles ne sont pas là où elles veulent être, ni avec qui elles veulent vieillir.