Discussion avec Sylvie Géroux pour la sortie de son roman Coming out en série

Sylvie Géroux

Découvrez notre échange avec Sylvie Géroux

Peux-tu nous présenter ton nouveau roman Coming out en série ?

Je trouve ça très difficile de résumer un projet en quelques lignes. Il faut dire que c’est assez fouillis dans ma tête. Quand je commence à écrire, je n’ai jamais de plan. J’ai une scène de départ, quelques personnages et une vague idée du chemin. Et le chemin, c’est plutôt le genre Départementale des Hautes-Alpes qu’Autoroute du Soleil, si tu vois ce que je veux dire. Je pense que dans n’importe quel cours d’écriture, on me dirait que c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire ! Bref, du coup, pour remettre un peu d’ordre et présenter ça sans partir dans tous les sens, c’est carrément un travail pour mon cerveau.

Alors pour faire simple, ou en tout cas essayer, je dirais que ce roman, c’est l’histoire de Fred et ses nombreux coming out. Fred qui a les pieds sur terre, bien dans ses Kickers, qui vit en banlieue parisienne, qui aime le dessin et la musique plus que les études, qui aime aussi sa famille, ses amis, les tartes aux groseilles… et les filles, enfin surtout une. J’ai choisi à dessein pour ce projet un environnement que je connais bien, tant au niveau géographique que temporel. Fred est de ma génération, elle a vécu une enfance dans les années 80, une adolescence sans internet et sans téléphone portable et a dû attendre d’avoir presque 40 ans pour avoir le droit de se marier.

Comment est née l’idée de traiter de ce sujet avec humour, réalisme et romance ?

J’ai toujours tenu dans mes romans précédents à ne pas faire du coming out une espèce d’évènement central de la vie homosexuelle. Je trouvais cela réducteur et un peu trop cliché. Cependant, après mon 250ème coming out environ, j’ai tout de même eu envie de traiter le sujet parce que ça fait partie de notre quotidien. C’est de là qu’est venue l’envie d’en faire un sujet léger, ancré dans nos vies… et intégré dans une romance, parce que la romance, c’est la vie.

La réalité du quotidien, Fred c’est un peu chacune de nous !

Dans cette histoire, il y a une part belle aux scènes de la vie quotidienne. Le repas avec le ou les collègues, les repas en famille, les répétitions du groupe de Fred, les amies perdues de vues et retrouvées, les soirées à boire un verre avec sa meilleure amie… C’était important pour toi, de montrer la « vraie » vie ? Celle qu’on partage toutes ?

Oui, c’était vraiment important dans ce contexte-ci. Ce roman est sans doute le plus personnel que j’ai pu écrire. Étant donné que dans une grande partie des autres, il y a soit des extra-terrestres, soit des tueuses en série ou même des fantômes, j’imagine que c’est un peu rassurant. Toujours est-il, que j’avais vraiment envie de faire de cette romance, une histoire qu’on pourrait rencontrer au coin de la rue en quelque sorte.

En plus, il se trouve que j’ai une mémoire étrange, disons une mémoire à l’esprit pratique peu développé. C’est-à-dire que je galère à retenir mon code de carte bleue, mais je me souviens mots pour mots d’une conversation que j’ai eue, en 2005, avec une certaine Virginie, avec qui je n’ai pourtant passé qu’une nuit en tout et pour tout. Et je ne plaisante pas, elle m’avait dit qu’elle trouvait ma façon de nouer mon écharpe sexy… J’avais trouvé ça un peu bizarre. Bref, cette façon de fonctionner fait que j’ai la tête remplie de « moments de vie ». Il m’a semblé que tout ça pourrait être utile.

Les héroïnes de Coming out en série

Parlant un peu de tes héroïnes. Fred est drôle et touchante. Elle a un côté tranquille, flegmatique et en même temps elle est très généreuse et à l’écoute des autres, non ?

Oui, Fred, c’est un peu la force tranquille. Elle sait qui elle est et elle est à l’aise avec ça, même si elle ne sait pas forcément où elle va. Elle fait des erreurs comme tout le monde, mais elle essaie de faire du mieux qu’elle peut pour elle et pour les autres, avec les cartes que la vie lui a données. Je pense que c’est vraiment le plus important au final.

Est-ce que Flo n’est pas un peu le cliché de la guitariste super sexy qui va faire tourner la tête de toutes les femmes qu’elle croise ?

Ah ah ! Oui, c’est un peu vrai. En surface tout au moins, car elle est aussi bien plus que ça. Elle est forte et fragile à la fois. Cela dit, j’ai écrit ce roman à la première personne (une grande première pour moi) et ça signifie que la lectrice ou le lecteur est en permanence dans la tête de Fred… Alors oui, au travers des yeux de Fred, Flo est forcément une guitariste super sexy et irrésistible !

Les personnages secondaires ont toute leur importance…

Manu et Nathalie apportent une dynamique assez géniale. C’était important pour toi que Fred soit soutenue par des amies en plus de sa famille ?

C’est très important, en effet. La famille, c’est une chose, et avoir son soutien est une grande chance. Pour moi, c’est la raison pour laquelle Fred est aussi équilibrée. Mais on a aussi besoin de personnes qui ne font pas que nous soutenir, mais qui vivent sur la même longueur d’onde que nous. C’est le cas de Manu et Nathalie. Elles apportent à Fred le grain de folie et la sagesse qui nous manquent à tous de temps en temps.

On est d’accord que même si les réactions de la famille ne sont pas toutes parfaites, on adore la famille Soupignet ? Parce que les personnages sont très réalistes et juste, non ?

Je suis contente que tu dises ça, parce que les Soupignet, ce sont un peu mes chouchous. Dans une famille, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, mais avec eux, c’est plutôt un feu d’artifice multicolore. J’avais envie de décrire ce qui arrive souvent finalement dans une famille élargie. Il y a forcément un peu de tout, du grand-père ronchon à la cousine plus que parfaite. Ce qui compte, encore une fois, c’est que dans l’ensemble ce sont des gens qui veulent bien faire et forment une smala sympathique.

Une histoire de fiction avec quelques faits réels

On sait que tu ne révéleras jamais quelles anecdotes sont vraies du coup, on a une autre question piège. Est-ce que tu es musicienne comme Fred ?

Figure-toi qu’à l’époque de l’école primaire, je voulais vraiment faire de la batterie. Et mes parents m’ont inscrite… à la flûte à bec. Ouais, je sais… Quelle trahison !

Alors ça ne m’a pas empêché d’être lesbienne de toute évidence, mais ça a peut-être sauvegardé leurs tympans et les relations de voisinages. Même si je ne dois pas être la seule à avoir des souvenirs de la flûte à bec version 30 ados, les hormones en folie, soufflant comme des bœufs dans des flûtes en plastique noires et blanches en cours de musique… il se trouve que cet instrument se décline en fait de la soprano à la basse et dans un ensemble de musique baroque, c’est plutôt cool. De plus, ça ne m’a pas empêchée de devenir une fan de Rammstein ou Nightwish. 

J’ai également fait du piano pendant quelques années. Cependant mes années de pratique de la musique sont plutôt derrière moi. Pour autant, la musique a gardé une place essentielle dans ma vie et en particulier concernant l’écriture. Je ne peux pas écrire sans bande son. C’est comme ça. J’imagine que c’est pour cette raison qu’il y a souvent une musicienne dans mes personnages. Et cette fois, on peut dire que c’est la musique elle-même qui est un personnage de cette romance.

Science-fiction ou romance, doit-on vraiment choisir ?

Est-ce que c’est dur de passer de la science-fiction ou même la romance plus habituelle à un livre basé autant sur l’humour et l’autodérision ?

Ce roman a pris un temps de gestation déraisonnablement long, justement parce qu’il m’a fallu beaucoup de recul pour trouver le ton juste… ou en tout cas le ton qui me convenait. La trame remonte à une dizaine d’années, c’est dingue ! Donc j’imagine que la réponse est « oui » ! Enfin dur n’est peut-être pas le bon terme parce que j’ai adoré écrire ce roman, et le reprendre encore et encore jusqu’à obtenir ce résultat.

Est-ce qu’après un tel livre tu t’attends à recevoir des messages de lectrices qui te raconteront leur coming out le plus drôle ? Parce que c’est ce qu’on a envie de faire, partager les nôtres, les plus hilarants, les plus retenus…

J’aimerais beaucoup franchement ! C’est un peu le but au fond, nous rappeler au travers de l’histoire de Fred, nos moments un peu (voire très) décalés vécus sur le sujet. Combien de fois, devant une situation, je me suis dit dans ma vie « La vache ! Si je mettais ça dans un bouquin, les gens trouveraient que j’abuse ! »… Et ben, voilà ! Maintenant que c’est fait, je me dis que je ne dois pas être la seule !

Discussion avec Sylvie Géroux, autrice de romances lesbiennes

Laisser un commentaire