Extrait de Coming out en série de Sylvie Géroux

Coming out en série de Sylvie Géroux - Image

Il y a quelques jours, nous vous parlions de notre première sortie du mois de mars : Coming out en série de Sylvie Géroux. Une comédie romantique sur une lesbienne qui liste quelques coming out (pas tous) qu’elle a été contrainte de faire au cours de sa vie. Auprès de ses parents, de sa famille plus large, de ses collègues de boulot, d’un infirmier, etc…

Coming out en série de Sylvie Géroux sera disponible le 3 mars 2026

On adore se sentir moins seule quand on lit ce livre et qu’on se demande « J’y vais ? Je n’y vais pas ? » lorsqu’on va être en contact avec notre interlocuteur/interlocutrice pendant 10 minutes, 10 heures ou les 10 prochaines années à venir… D’ailleurs, si vous voulez rire, la dernière fois que je n’ai pas dit que ma compagne était ma compagne, la personne en face de nous a demandé si nous étions soeurs… Sachant que je fais 10 centimètres de plus qu’elle, qu’elle a les cheveux bouclés et bruns là où les miens tirent vers le blond (sauf les blancs qui sont blancs) et sont raides au possible. Je ne comprends toujours pas la manière dont le cerveau des gens fonctionne…

Bref, pour en revenir à notre future sortie ! Coming out en série de Sylvie Géroux sera bientôt disponible. Et, si vous passez nous voir au Salon des Romances à Lyon ou au Salon du Livre Lesbien de Paris 2026, vous aurez même la chance de vous le faire dédicacer ! Ce n’est pas fantastique tout ça ? Et si vous ne venez pas, une offre livre dédicacée est actuellement en cours, vous permettant de commander le livre avec la dédicace de votre choix (pour cela, pensez bien à remplir les « notes de commande ».

Retour sur la quatrième de couverture de Coming out en série

Je sais, nous l’avons déjà partagée. Mais comme c’était un vendredi, j’ai encore plus peur que vous ayez raté l’article en question. Du coup, repartage ci-dessous. Mais j’arrête là les digressions pour éviter que cet article ne soit trop long. Je sais que vous êtes là pour l’extrait de Coming out en série. Et non pas pour le résumé !

Enfant, Frédérique ne se doutait pas d’une chose : sa vie allait être une succession de coming out. Car à moins d’être une star internationale de tennis ou une actrice de cinéma, LE coming out n’existe pas.

Dès l’âge de dix-neuf ans, son coup de foudre pour Florence, la bassiste de son groupe de musique, lui ouvre les yeux. Maintenant qu’elle sait, et qu’en plus elle est amoureuse, Fred est prête à faire son coming out. À sa meilleure amie, puis à ses parents, ses oncles, tantes, cousins, grands-parents…

Mais après six mois de pur bonheur, Fred se fait larguer sans explication. Le cœur en miettes, elle intègre un nouveau groupe, les Clichés-sous-Bois, puis décroche un stage en agence de pub.

Stagiaire « dans le placard » en semaine, batteuse dans les bars gays le week-end, Fred multiplie les rencontres tout en se demandant : cesse-t-on un jour de faire son coming out et, surtout, peut-on espérer surmonter ce premier amour jamais oublié ?

La couverture de Coming out en série de Sylvie Géroux

Là, je suis obligée. Parce que tout le monde n’aime pas forcément reconstituer des puzzles. Si vous avez raté l’article précédent, sachez que j’avais enchaîné les blagues sur une Super lesbienne. Et franchement, j’étais obligée, cela collait trop bien à la couverture. Parce que je vous jure, qu’on a adoré créer celle-ci.

Jamais on aurait imaginé proposer une telle couverture ! Je vous rappelle que nous avons fait exprès d’avoir un logo qui parle de romance et pas de drapeau LGBT ou lesbien il y a 10 ans. Donc, jamais on n’avait imaginé mettre en scène… ça !

Vous voulez le plus drôle ? J’ai immédiatement tiqué sur le rose des gants et du collant quand j’ai trouvé l’image. Sylvie et moi, nous sommes le genre de lesbienne à détester le rose. Oui, il en faut pour tous les goûts. Du coup, quand j’ai trouvé cette image de BNP Design Studio datant de 2018 (pourquoi elle n’a pas été plus utilisée, je vous le demande, elle mériterait de l’être) j’ai hésité quand même avec l’envie de changer ce rose. Sauf que toutes les autres couleurs sont déjà dans la cape… Et avec le fond bleu, c’était problématique…

Sachez que de mon côté, j’avais trouvé le fond, l’image version cartoon bleue, mais pas pensé aux personnages en ombre. C’est Gaëlle qui est arrivée avec l’idée immédiatement validée par l’autrice. Des hommes, des femmes en filigrane pour prouver que notre Super lesbienne affronte la foule, c’était vraiment parfait ! On a juste resserré un peu ceux présents ici, pas mal ce rajout, non ?

Allez, j’arrête de m’égarer. Je vous mets la couverture et l’extrait sans un mot supplémentaire ! Promis juré !

Coming out en série de Sylvie Géroux - Livre sur le coming out lesbien - Format web

L’extrait de Coming out en série de Sylvie Géroux

— Eh bien voilà, contrairement à ce que pensait la mère de Caroline en primaire, je ne suis pas devenue serial killer. Même si j’ai effectivement décapité le Ken surfeur de sa fille par mégarde, je n’enferme pas les filles dans une cave avant de m’en débarrasser dans un baril ou une vieille valise. Non, rien d’aussi mélodramatique, Maman. Je suis juste lesbienne. Ce qui pourrait peut-être expliquer que ce soit Ken qui ait fini décapité et pas Barbie, d’ailleurs.

Je m’entraînais à énoncer cette vérité devant la glace en essayant de prendre un ton dégagé. Je m’apprêtais à lancer ma bombe lors du dîner le soir même. Ça ne devrait pas être si terrible, n’est-ce pas ? Mes parents m’aimaient, ils comprendraient. Je soupirai en me demandant pourquoi je tentais de me convaincre que tout allait bien se passer, alors que j’étais censée m’exercer à les convaincre eux que tout irait bien.

J’avais décidé d’attendre d’avoir quelque chose de concret à annoncer avant de jeter mon pavé dans la mare familiale. Le concept de l’homosexualité sans petite amie n’est pas aussi percutant. Et tant qu’à faire des vagues, je préférais le tsunami au ricochet. Aujourd’hui, cela faisait trois mois que Florence était entrée dans ma vie. Il était temps.

Le repas se déroulait comme n’importe quel repas du dimanche soir. Il y avait de la viande froide et de la salade au menu. Je jouais avec la nourriture qui traînait dans mon assiette en me demandant comment aborder le sujet. La douce euphorie était loin derrière moi. Le monde m’apparaissait bien plus menaçant que ce soir de juin où tout avait changé. Je n’avais pas très faim, ce qui était plutôt inhabituel. Je soupirai pour la quinzième fois de la soirée. Je ne pouvais quand même pas balancer ça sans préambule, genre : « M’man, tu peux me passer le sel, s’il te plaît ? Ah au fait, je voulais vous dire, je suis lesbienne. Délicieuse, cette salade… »

Ça serait peut-être une idée en fait. La diversion pourrait adoucir le choc.

— Fred, qu’est-ce qui ne va pas ? Tu n’as presque rien mangé, ça ne te ressemble pas.

Et voilà, trahie par mon estomac. Si j’avais été une de ces ados qui enchaînaient les régimes à temps partiel, ils n’auraient rien remarqué. Je levai les yeux vers ma mère qui m’observait d’un air préoccupé. J’avais l’envie irrépressible de répondre que tout allait bien, que j’étais juste un peu ailleurs ce soir. Toutefois, la vérité, c’était que j’étais juste un peu lesbienne. Et en cet instant, j’étais incapable d’ouvrir la bouche. C’était comme dans ces rêves où vous perdez le contrôle de votre corps. Mes lèvres étaient scellées, et ma langue pesait une tonne. Devant mon silence et mon regard embarrassé, ma mère hocha la tête :

— Ça fait quelque temps déjà que tu es un peu ailleurs, Fred. Tu sais, j’ai noté que tes répétitions durent de plus en plus longtemps. J’ai aussi remarqué le sourire que tu as quand tu rentres.

Là, maintenant, c’était sous terre que j’avais envie de rentrer. Je sentis la chaleur envahir mon visage. J’aurais aimé pouvoir l’arrêter ou m’en aller, mais j’avais l’impression d’être un condamné à mort, anticipant le moment final, cloué sur sa chaise.

— Tu n’as pas à te sentir gênée, voyons. Tu as dix-neuf ans, c’est normal de tomber amoureuse. À vrai dire, je commençais à trouver ça presque inquiétant que tu ne t’intéresses pas plus aux garçons.

Et merde ! Voilà, il fallait bien que je m’y attende, à celle-là. Ma mère me connaissait assez pour se rendre compte que j’étais tombée amoureuse. Elle l’avait peut-être même su avant moi ! Elle ne me connaissait pas assez, cependant, pour avoir un doute sur l’identité sexuelle de cette mystérieuse personne. Ça ne s’annonçait pas pour le mieux.

— Mais enfin, dis quelque chose ! L’amour est censé rendre aveugle, pas muet !

— Elle s’appelle Florence.

— Hein ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? C’est quoi le rapport ? Qui c’est, cette Florence ?

Du coin de l’œil, je vis mon père se figer, sa feuille de salade à mi-distance entre son assiette et sa bouche. Il croisa mon regard. Je sus qu’il avait compris ce que ma mère se refusait encore à entendre.

— M’man…

— Valérie…

— Pas maintenant, Alain, j’essaye d’avoir une conversation avec ta fille. Et ça devient de plus en plus difficile, ces derniers temps. Alors, tu vas m’expliquer ce qu’il se passe ou non, Fred ?

Je déglutis, cherchai l’inspiration dans le regard inquiet de mon père.

— Florence, c’est la nouvelle bassiste du groupe. C’est aussi la fille dont je suis tombée amoureuse. Ça fait trois mois qu’on est ensemble.

Bon, le pavé était dans la mare. Il n’y avait plus qu’à attendre le tsunami maintenant. Il y eut un moment de flottement, durant lequel chacun sembla retenir son souffle. Quoique, ma mère avait plutôt l’air perdue, en fait. Sa bouche était ouverte dans une expression presque parfaite de la stupéfaction. Oui, celle-là, elle ne l’avait pas vue venir. Mon père prit la parole le premier, lui laissant le temps de se ressaisir :

— Bon, pour une nouvelle, c’est une nouvelle, Fred. Mais le plus important, c’est que tu sois heureuse.

— Je le suis, P’pa. Flo est cool, on s’entend très bien.

— Hum, parfait. C’est tout ce qui compte, pas vrai, Valérie ? fit mon père en cherchant son regard.

Celle-ci ressemblait un peu à un boxeur sonné. Elle avait changé de couleur, et ses yeux naviguaient entre mon père et moi sans se fixer. Je me sentis coupable du coup que je venais de lui porter, même si je ne le regrettais pas. C’était un brin paradoxal. Finalement, le regard de ma mère s’arrêta sur moi, et ce fut d’une voix mal assurée qu’elle demanda :

— Mais… Mais tu es sûre ?

— Euh… De quoi ?

— Que tu es… Hum…

— « Lesbienne », c’est le mot que tu cherches, je pense. Tu peux aussi dire « homosexuelle », ça a un côté un poil plus scientifique. On peut même dire « gay », c’est censé ne concerner que les hommes, mais par extension, c’est largement utilisé pour les femmes.

— Ça suffit ! Ce n’est pas drôle !

— Je suis d’accord, M’man. Ce n’est ni drôle ni triste. C’est juste un fait. Ta fille est homosexuelle. Elle aime une autre femme.

— Mon Dieu !

— Je ne pense pas qu’il ait grand-chose à voir là-dedans, je ne l’ai pas assez fréquenté pour ça.

Ma mère releva soudain la tête. Son regard aigu sembla essayer de percer les mystères de mon cerveau. Seulement, moi aussi, j’aurais souhaité avoir la réponse à cette question muette : pourquoi ? J’avais eu beau chercher, je ne l’avais pas trouvée.

— M’man, s’il te plaît, ne me fais pas le coup du : « Qu’est-ce qu’on a mal fait ? » Ce n’est ni votre faute ni la mienne. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de faute. C’est comme ça, c’est tout.

— Mais c’est peut-être juste, euh, tu sais, une expérience. Tu es jeune, tu as le temps.

— Mmm, le coup de la phase, maintenant. Je ne veux pas que tu te fasses de faux espoirs. Les mecs ne m’ont jamais intéressée, je doute que ça change. Je n’ai pas décidé ça sur une impulsion, ça fait longtemps que ça me travaille.

— Je n’aurais jamais dû te laisser jouer avec ces vauriens en primaire. J’aurais dû te pousser à jouer avec les petites filles de ton âge.

— Quand j’ai essayé, ça s’est plutôt mal terminé, rappelle-toi. La mère de Caroline ne m’a plus jamais regardée du même œil, après ça.

Ma mère grimaça, mais je vis l’ombre d’un sourire derrière son apparente inquiétude.

— Tu crois que j’aurais dû t’interdire les jeans et les Doc Martens, au collège ?

— Pas plus que tu n’aurais dû m’interdire d’apprendre la batterie. Ça n’aurait rien changé. Je suis désolée, ajoutai-je un peu plus bas.

J’étais sincère, je n’étais pas désolée de ce que j’étais. J’avais eu quatre ans pour construire cette identité. Mais ça ne m’empêchait pas de regretter la déception que j’allais infliger à mes parents. J’avais l’habitude de les chagriner, entre mes choix vestimentaires, capillaires ou musicaux, et mes études plutôt moyennes… Pourtant, cette fois, j’avais atteint une autre échelle. C’était tout l’avenir bien rangé qu’ils avaient dû prévoir qui tombait en ruines.

— Ne le sois pas, Fred. C’est ta vie, tu la mènes comme tu le souhaites. Moi, je suis heureux que tu aies eu le courage de nous en parler, déclara mon père, avant d’enfourner dans sa bouche la feuille de salade restée en suspens depuis la grande révélation.

Je lui jetai un coup d’œil reconnaissant. Je me demandai si tout ça ne lui convenait, en fin de compte, pas mieux ainsi. J’avais la nette impression qu’il n’aurait pas aimé avoir un beau-fils, de toute façon. Il avait toujours regardé d’un mauvais œil les garçons qui me tournaient autour. Ma mère nous dévisagea l’un après l’autre d’un air mi-figue mi-raisin. Elle hésitait visiblement sur la conduite à tenir, puis, finalement, elle capitula avec un soupir :

— Seigneur ! Comment je vais annoncer ça à ta grand-mère ?

— À ses grand-mères, tu veux dire !

— Hors de question, Alain ! Tu te débrouilles avec ta mère.

— Valérie, tu sais si bien lui parler, toi.

— Tu plaisantes ou quoi ? Vingt ans de mariage, et elle me reproche encore le toast de ma demoiselle d’honneur.

— Il faut reconnaître que cette plaisanterie sur les morts violentes des belles-mères était un peu déplacée.

— Oui, bon, pas plus que le chapeau que ta mère portait à la réception. On aurait dit la Reine Elisabeth croisée avec un lévrier afghan.

Mon père s’étrangla avec sa gorgée d’eau et une pluie de Volvic s’abattit sur la table. Ma mère le réprimanda en lui demandant s’il avait été élevé avec des cochons. Moi, je les regardais avec une tendresse qu’ils étaient loin d’imaginer et que je n’aurais avoué sous aucun prétexte. Dans la famille Soupignet, on ne criait pas sur les toits qu’on s’aimait. On n’était pas doué pour les grands discours. On était aussi certainement un peu cinglé sur les bords. Mais j’étais fière, ce soir, parce que cette famille m’acceptait telle que j’étais, et j’en savais assez pour réaliser la chance que j’avais.

Alors, pas mal ce coming out, non ? Pour en découvrir davantage, rendez-vous le 3 mars prochain pour la sortie de Coming out en série.

3 Commentaires sur “Extrait de Coming out en série de Sylvie Géroux

  1. Titia dit:

    D’habitude je ne lis pas les extraits pour ne pas avoir de spoil, j’aime découvrir ma lecture, mais là celui-là m’a attiré comme un aimant, et maintenant je suis frustrée de ne pas pouvoir en lire davantage sans devoir attendre la sortie 😭😭😭.
    Du coup c’est confirmé j’ai hâte de le lire 😁😁.

    Pour la couleur rose sur les gants et les collants, Isabelle rassures toi elle est en petit quantité on l’a vois presque pas 🤣🤣
    Moi non plus je n’aime pas le rose 😉

    Aller je vais déprimée en attendant de l’avoir 🤣🤣🤣

    • Isabelle B. Price dit:

      Ton commentaire, ça veut dire que j’ai bien choisi l’extrait, Titia, je crois 😉

      Et merci d’avoir toi aussi un souci avec le rose. Je te jure, le seul endroit où ;je le tolère, c’est les couchers de soleil sur les couvertures quand il y a plus de violet que de rose à l’horizon, très très loin. Comme dans « Nouveau départ » de Marie Parson. Sinon, c’est un grand non !

      Moi je suis fan du rouge, comme Iron Man… 🤣🤣

  2. Cortin Cecile dit:

    Le coup des soeurs, Isabelle, encore un classique du genre ! Moi même j’ai eu droit à un  » vous êtes soeurs jumelles ? » Certains cerveaux ont vraiment besoin de la dernière mise à jour !!!
    La couverture : une super lesbienne magnifiquement capee et campée ! En terme de fierté et de visibilité, c’est le Top !
    Je trouve que le rose complète bien la palette des couleurs ( pas de souci pour moi)
    Donc, Isabelle, tu n’as jamais visité Toulouse ??, tu sais là où il y a aussi…😤
    L’extrait : désopilant comme prévu et ça fait vraiment du bien 🥰🥰🌈🌈

Laisser un commentaire