Clémence Albérie se prête au jeu de l’interview
Nos Heures Dorées est ton nouveau roman. Peux-tu nous le présenter ?
Nos heures Dorées, c’est une histoire d’amour entre deux mondes, deux façons de vivre bien différentes. C’est la rencontre entre Louise, éleveuse de brebis, mairesse de son village, attachée à sa terre et son village au point de s’en oublier pour eux, avec Myriam, une photographe motarde folle d’aventures, toujours sur les routes à la recherche d’un nouveau sujet engagé à traiter. Elles vont se rencontrer, collaborer au détour d’un projet fou : tenter de sauver le village de Louise grâce à un calendrier. Jour après jour, elles vont apprendre à se connaître, connaître le monde de l’autre et se faire confiance.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de placer ton histoire d’amour au cœur de la campagne tarnaise, loin des grandes villes et de leurs codes plus « classiques » pour la romance lesbienne ?
Tout simplement, car c’est mon univers [rires]. Plus sérieusement, je suis très attachée à ce monde. Je suis ingénieure agronome, mariée avec une conseillère d’élevage. Depuis le tout début de ma carrière professionnelle, je côtoie ce monde à part sans horaires, ces hommes et ces femmes aux mille métiers qui façonnent nos paysages. J’ai un amour très fort pour la campagne et plus particulièrement celle de mon Tarn natal.
Ma femme et moi nous sommes toujours assumées, même lorsque nous vivions à Trébas les Bains, le petit village qui m’a inspiré Montréal-sur-Tarn. Loin de faire tache dans le paysage, notre couple n’a jamais dérangé, jamais gêné, nous avons très facilement été intégrées. Beaucoup de préjugés vont bon train sur les campagnes, comme partout. J’aimais énormément l’idée de pouvoir mettre en lumière l’amour lesbien dans ce cadre et présenter ce que moi j’en connais.
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Nos Heures Dorées
9,99 € -
Nos Heures Dorées – Format papier
20,90 €
Un roman engagé, mais une histoire d’amour avant tout !
Ton livre traite d’un sujet fort : la désertification des campagnes. Comment on trouve l’équilibre entre ce fait de société et la romance lesbienne qui nous emporte et nous fait du bien par ses moments doux et cocooning ?
Grâce à un bon travail éditorial et une éditrice patiente… [rires]. Je plaisante qu’à moitié pour le coup. Comme chaque fois qu’on traite d’un sujet qui nous tient particulièrement à cœur, l’équilibre est complexe à trouver. Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal. Ça a été un très gros travail pour justement ne pas laisser le message écraser la romance. Finalement, la romance est au cœur, elle se tisse autour et dans l’aventure plus globale qui implique tout cet étonnant village que vous allez adorer découvrir, je l’espère.
Le couple entre Louise et Myriam se construit autour du projet fou de Louise et en rythme chaque étape. Au final, c’était fascinant, car son histoire d’amour avec Myriam est ce qui fait vraiment avancer Louise tout au long de cette histoire, malgré son engagement chronophage et sa peur quasi chronique à s’autoriser à vivre pour elle.
Clémence Albérie répond à nos questions pour la sortie de sa romance slow burn lesbien
Peux-tu présenter un peu le personnage principal de Louise Rouanet ?
Louise Rouanet, c’est une femme engagée. C’est une passionnée qui vit pour ses responsabilités. Elle exerce deux métiers d’homme, dans un monde d’homme. Elle est éleveuse de brebis et mairesse de son village et c’est tout ce qui compte pour elle. Ce qui la décrit le mieux, c’est sa capacité à s’oublier systématiquement. Elle peut gérer d’une main de fer un conseil municipal partiellement hostile à son égard sans que ça ne la perturbe, en revanche oser tenir la main d’une femme dans les rues de son village et attirer l’attention sur sa vie privée, ça la tétanise.
C’est une femme enracinée dans son territoire qui ne se voit nulle part ailleurs que dans ses collines tarnaises.
Sa passion et ses valeurs sont les moteurs puissants de sa vie professionnelle autant que les plus gros freins à son épanouissement personnel. Pourtant, bien caché derrière sa to-do list qui rythme sa vie surchargée, se cache une femme romantique qui n’ose plus rêver d’amour et qui, pourtant, le désire bien plus qu’elle n’ose se l’avouer.
Louise et Myriam, les deux héroïnes de cette romance qui se joue à la campagne
Peux-tu nous parler de la femme dont Louise va tomber amoureuse : Myriam Lafon ?
Myriam, c’est l’exacte opposée de Louise sur pas mal de choses [rires]. Elle est photographe, motarde et baroudeuse. Et elle n’a pas vraiment d’attaches, par vraiment de planning. Elle vit au gré des opportunités et de ses envies. Son unique objectif, c’est d’être convaincue par le sujet qu’elle traite. Je vous rassure, elles ont aussi des points communs [rires].
Tout comme Louise, Myriam est une passionnée. Quand elle croit en quelque chose, elle fonce, à la différence qu’elle n’a pas besoin d’un plan structuré pour oser se lancer. Myriam, il lui suffit du feu vert de son instinct pour qu’elle se lance, le reste, ça se gère toujours.
Est-ce que tu dirais que le regard des autres a beaucoup d’importance pour Louise ?
Il est essentiel même. Bien qu’elle se moque de ce que les gens peuvent penser d’elle dès que ça touche à ses engagements, Louise n’a plus du tout la même perception dès qu’il s’agit de sa vie privée. Ce qui lui importe, c’est plus l’impact de sa vie privée sur ses proches que sur elle-même. Elle n’aime pas faire de vagues à ce niveau-là pour ne surtout pas apporter des soucis à sa famille.
Être décriée sur son travail, elle peut encaisser sans problème, en revanche, l’être sur son homosexualité lui est insupportable. Ainsi, pour ne pas prendre ce risque, elle a préféré construire sa vie en ne laissant aucune place à sa vie amoureuse.
Une mairesse qui veut déshabiller ses administré·es pour un calendrier…
Pourquoi et comment est venue l’idée du calendrier et l’envie de déshabiller les habitants de Montréal-sur-Tarn ?
Pour moi ? Ou pour Louise ? [Rires].
Je ne sais plus exactement comment m’est venue l’idée, c’est un cumul de plusieurs choses, je crois. J’ai vu des films, des faits divers dans des villages français où les gens ont fait ça. Même un groupe de jeunes agriculteurs ont fait ça dans le Gers à l’époque où j’y vivais.
Je trouve ce levier hyper rigolo et fédérateur par la bonne humeur. Mon esprit a fait le reste en imaginant ce que ça pourrait donner dans ma campagne tarnaise et surtout, avec une belle romance lesbienne comme fil conducteur.
Est-ce que tu dirais que le village et les habitants sont des personnages secondaires de l’histoire ?
Totalement. Louise, sans Montréal-sur-Tarn, ce n’est pas Louise. Son village est toute sa vie, il dicte sa façon d’être et de prioriser sa vie tout autant que son exploitation. Les petits villages fonctionnent souvent comme ça, ceux que je connais en tout cas. Tout se sait, tous se connaissent, tout le monde se mêle de tout (souvent).
Ce sont des vies imbriquées, des existences quasi collectives et Louise est une enfant de ce type de pays. Tout au long du roman, j’ai eu à cœur de garder cette ambiance de vies imbriquées les unes dans les autres pour qu’on puisse mieux comprendre Louise et tous les enjeux de ses engagements.
Un jeu d’équilibriste constant pour parler à la fois romance lesbienne et engagement civique
Comment on fait pour traiter d’un sujet d’actualité et d’une romance avec humour et bienveillance pour donner envie aux lectrices de découvrir une romance engagée et drôle à la fois ?
Grâce à l’humour, justement. Pour ce roman, j’ai essayé de jouer avec les pensées internes de Louise pour apporter une note constante d’humour et de décalé qui allège le message secondaire parfois lourd à traiter. La romance est une bouffée d’oxygène au milieu des combats de Louise.
Grâce à l’évolution des héroïnes, mais également des personnages secondaires, le roman est rythmé de beaucoup de belles choses qui vont plaire, je l’espère.
Est-ce que tu dirais qu’entre Louise et Myriam, c’est le meilleur slow burn lesbien que tu aies écrit ?
Le meilleur ? Je l’espère [rires]. C’est un slow burn, c’est indéniable, maintenant je laisse aux lectrices et lecteurs le soin de m’indiquer si c’est le meilleur que j’aie écrit ou non.
Peut-il détrôner l’invaincu en titre depuis 2015 ? Je croise les doigts [rires].
Clémence Albérie répond à nos questions au sujet de ses motivations et de cette belle histoire
Pourquoi c’était important pour toi d’écrire cette histoire ?
Parce que c’est une belle romance entre deux héroïnes très attachantes qui nous racontent qu’il est possible de s’aimer d’où qu’on vienne, qu’importe nos peurs et nos blocages. L’amour est plus puissant que la plus solide des carapaces.
Ce roman, c’est également une ode à cette campagne que j’aime tant et un investissement personnel pour traiter de sujets engagés qui me tiennent particulièrement à cœur.
Qu’aimerais-tu que les lectrices retiennent de leur lecture ?
J’aimerais qu’elles retiennent qu’aucune barrière, qu’elle soit sociale, territoriale, familiale, culturelle, ne devrait nous interdire d’aimer et d’être qui nous sommes. Dans le tumulte des émotions que tout un chacun tente de gérer, il faut comprendre que nous sommes parfois notre pire ennemie, comme a pu l’être Louise pour elle-même.
Bien sûr, toutes les situations ne sont pas les mêmes, j’en décris une sans avoir la prétention de penser que c’est partout ainsi. Malgré tout, j’avais envie de donner à lire un exemple des belles choses qui peuvent arriver pour une femme lesbienne vivant dans un territoire rural.
Nos campagnes peuvent être belles, ouvertes, bienveillantes, dans l’air du temps et abriter les plus belles romances.