Lisa Willem se présente et parle de son travail
Bonjour, Lisa, tu publies aujourd’hui ton premier livre et tu viens d’intégrer les autrices Reines de Cœur. Est-ce que tu peux te présenter à nos lectrices ?
Bonjour ! Je m’appelle Lisa, j’ai actuellement 22 ans et je suis étudiante en médecine. J’ai toujours eu beaucoup de passions et, évidemment, l’écriture en fait partie ! Je suis quelqu’un d’assez réservé au premier abord, mais ça change bien vite une fois qu’on me connaît.
Envers et contre toi nous plonge dans un lycée privé où tout oppose Violette et Alex. Peux-tu nous parler un peu de l’histoire en quelques lignes ? D’où est venue l’idée et pourquoi ?
Dans Envers et contre toi, deux personnalités bien différentes se heurtent : d’un côté Violette, l’élève parfaite et tirée à quatre épingles, et de l’autre Alex, libre, créative et résolument cash. Alors qu’elles ne se supportent pas, un projet d’histoire va les forcer à se côtoyer…
Mon point de départ ? Une envie irrépressible d’écrire un enemies-to-lovers ! Voir deux personnages se persuader qu’ils se détestent avant de réaliser qu’ils sont attirés l’un par l’autre, c’est mon péché mignon. Ensuite, l’idée de ce roman m’est venue comme la majorité de mes idées… dans mon lit, au milieu de la nuit ! En pleine insomnie, mon cerveau m’a susurré un début de scénario et… j’ai tout simplement suivi !
Les héroïnes d’Envers et contre toi : Violette et Alex
Violette est présidente du conseil des élèves, obsédée par le contrôle et la perfection. Alex, de son côté, incarne tout ce qu’elle déteste : le chaos, la provocation, l’indiscipline. Comment sont nées ces deux personnalités si opposées ?
Je voulais que leurs personnalités découlent directement de leur vécu. Violette s’accroche au contrôle absolu. C’est sa façon à elle de dompter son anxiété. Elle a ce besoin que tout soit parfait et surtout de ne jamais décevoir.
À l’opposé, Alex fonctionne à l’instinct. Spontanée et éprise d’indépendance, elle supporte très mal qu’on lui dicte sa conduite ou qu’on cherche à la faire entrer dans une case.
Les faire s’opposer sur tout était fascinant parce que ce sont précisément ces frictions qui vont les forcer à évoluer. Violette va devoir apprendre à lâcher un peu prise, tandis qu’Alex va progressivement comprendre qu’elle ne peut pas toujours fuir ses peurs en faisant semblant de s’en foutre…
Leur relation démarre sur des années d’animosité presque théâtrale avant de basculer. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’explorer une romance enemies-to-lovers, et qu’est-ce qui était important pour toi dans la façon de faire évoluer leur rapport de force ?
En fait, ce que j’aime dans l’enemies-to-lovers, c’est cette petite tension du début. Je ne voulais pas un truc trop hard ou violent – ce n’est pas mon style –, mais juste ce qu’il faut de piquant pour lancer l’histoire.
Et puis surtout, comme elles partent du principe qu’elles ne peuvent pas se voir, elles sont obligées d’apprendre à se connaître vraiment en profondeur avant de pouvoir s’apprécier.
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Les a priori et idées préconçues de chaque personne
Alex a intégré ce lycée huppé grâce à une bourse, dans un établissement qui n’a jamais vraiment su quoi faire d’elle, alors que la famille de Violette est très riche. Pourquoi c’était important pour toi de creuser ce fossé social entre les deux héroïnes ?
J’ai voulu creuser ce fossé social parce qu’on a cette fâcheuse habitude de juger sur la devanture. Alex débarque avec sa bourse dans un univers qui n’est pas le sien, alors que Violette y a toujours évolué comme chez elle. Forcément, le choc est immédiat.
Alex réduit Violette à la fille riche à qui tout est dû et Violette met Alex dans la case de la boursière ingérable. Elles s’en tiennent à leurs certitudes, sans chercher la personne derrière la façade. C’était essentiel pour moi d’aborder la vitesse à laquelle on met les gens dans des boîtes, que ce soit pour leur milieu, leur apparence, leur façon de parler ou leur place dans la société. Et une fois qu’on est étiqueté, c’est un parcours du combattant pour montrer qui on est réellement !
À travers leur histoire, je voulais simplement rappeler que personne ne devrait avoir à correspondre à une image idéale pour mériter sa place. On a tous nos parcours, nos blessures et nos manières de penser. C’est tellement dommage d’utiliser nos différences comme des barrières, alors qu’elles devraient être des prétextes pour se rencontrer !
Violette une élève parfaite qui se met une pression insoutenable
Violette porte tout le poids de l’excellence, de ses listes à sa quête de la mention parfaite, et cette pression finit par la rattraper. Voulais-tu parler, à travers elle, de cette injonction à la perfection que beaucoup de jeunes filles connaissent ?
Oui, complètement. C’est quelque chose que j’ai pu ressentir moi-même et c’est sûrement pour ça que le sujet me tenait autant à cœur. On se met très vite une pression monstre sans même s’en rendre compte. On veut bien faire, réussir, ne décevoir personne… Et petit à petit, on finit par croire qu’on doit être irréprochable sur tous les tableaux !
C’est exactement ce que je voulais retranscrire avec Violette. Ses listes, sa quête de la mention, cette manie de tout anticiper… pour elle, c’est juste devenu la norme. Et je pense que cette injonction touche particulièrement les jeunes filles. On grandit avec ce besoin invisible d’être la bonne élève, la fille modèle… Sans trop savoir d’où ça vient, on finit par vivre avec le sentiment persistant de ne jamais en faire assez.
J’avais envie de mettre en lumière cette pression interne qu’on s’inflige et surtout de rappeler un truc essentiel : on a le droit de simplement faire de son mieux, sans chercher à être parfaite.
Des personnages secondaires captivants et importants
Maïa, la meilleure amie de Violette depuis la maternelle, et Joséphine, d’abord présentée comme une farouche gardienne du clan d’Alex, prennent une place importante au fil du roman. Sans compter la mère de Maïa, celles de Violette et d’Alex. Les personnages secondaires ont un vrai rôle pour toi ?
Pour moi, les personnages secondaires ont un vrai rôle à jouer. Ils révèlent des facettes de Violette et d’Alex qu’on ne verrait jamais dans un simple tête-à-tête. J’adore construire toutes ces dynamiques, qu’elles soient amicales, familiales ou amoureuses.
C’est vraiment en reliant les personnages entre eux qu’on leur donne toute leur chair et leur relief. J’ai eu un plaisir fou à imaginer tout ce petit monde et à tisser les fils qui les relient les uns aux autres !
Sans trop en dévoiler, les deux héroïnes portent aussi chacune leur histoire de famille, entre un foyer froid et sous pression du côté de Violette et un père absent du côté d’Alex. Pourquoi c’était essentiel pour toi de parler de ces vies de famille compliquées ?
J’ai grandi dans une famille recomposée et j’ai vite compris que mon schéma familial ne rentrait pas vraiment dans les cases. Petite, je culpabilisais parfois à cause des remarques à l’école. Il fallait sans cesse expliquer qui était qui, justifier notre fonctionnement…
Avec le temps, j’ai appris à voir les choses autrement et à en faire une vraie force. Chaque famille a son histoire, ses failles, ses habitudes et sa dynamique propre. C’est exactement cette richesse – et parfois tout ce bazar – que j’aime insuffler dans mes livres. Parce qu’au fond, je ne sais toujours pas ce qu’est une famille « normale »… et je doute fort qu’elle existe.
Se découvrir et se libérer grâce à l’écriture
Dans tes remerciements, tu confies avoir mis un peu de toi dans chacune de tes héroïnes : l’angoisse de ne jamais être suffisamment bien pour Violette, la créativité débordante pour Alex. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce que t’a apporté l’écriture de ce roman ?
L’angoisse de Violette, c’est directement la mienne. Ce « monstre intérieur » qui te murmure à longueur de journée que tu n’en fais pas assez, je le côtoie depuis des années. Écrire Violette, ça a été une thérapie ! La faire évoluer m’a forcée à prendre du recul sur mon propre fonctionnement.
Alex, elle, m’a reconnectée à autre chose. Sa créativité incarne cette part de moi que j’avais mise entre parenthèses en me dirigeant vers des études scientifiques.
J’ai longtemps cru devoir choisir entre la médecine et l’écriture. Ce roman m’a prouvé le contraire : on a le droit d’aimer les sciences tout en continuant d’inventer des histoires.
Chaque chapitre du roman est associé à une chanson, avec des artistes aussi différents que Taylor Swift, Zach Bryan ou Angèle. D’où t’est venue l’idée de construire une véritable playlist autour d’Envers et contre toi ?
J’écris toujours en musique, c’est indispensable pour moi. Ça me plonge instantanément dans l’ambiance et me permet de capturer la bonne émotion pour une scène. Ça m’arrive très souvent de laisser tourner un seul morceau en boucle pendant des heures simplement parce qu’il colle pile à ce que je veux faire vivre à mes personnages.
La plupart des titres associés aux chapitres d’Envers et contre toi sont donc ceux que j’écoutais en boucle en écrivant. Dans ma tête, certaines scènes et certaines chansons sont devenues complètement indissociables et, une fois le tapuscrit bouclé, ça me semblait dommage de garder cet univers sonore pour moi. J’avais envie que les lecteurs puissent s’immerger dans la même bulle que moi pendant leur lecture !
Dans cette interview de Lisa Willem, vous saurez si elle se sent écrivaine
Quel effet ça fait de voir son travail publié ? Est-ce que tu te sens écrivaine ?
Je me suis demandé toute ma vie quel effet ça me ferait d’être publiée un jour. Et maintenant que c’est là, c’est totalement irréel ! Évidemment, je suis tellement reconnaissante et excitée à l’idée que mon histoire soit lue… mais j’ai encore ce réflexe d’observer ma propre vie en spectatrice.
Je regarde ce qui m’arrive en me disant « c’est super pour elle ! » avant de me rappeler que c’est MOI. Alors me sentir écrivaine ? Je crois qu’il va me falloir encore un peu de temps pour m’y faire !
Tu aimerais que les lectrices et lecteurs gardent quoi de leur lecture et de leur rencontre avec Violette et Alex ?
J’aimerais qu’ils gardent un message de paix, d’amour et de tolérance. Mon souhait le plus cher est que ce livre aide les gens à s’accepter tels qu’ils sont, avec leurs failles et leurs histoires, sans plus jamais avoir honte d’eux-mêmes. Si Violette et Alex peuvent leur apporter ne serait-ce qu’un peu de cette douceur et leur rappeler qu’ils ont toute leur place ici, alors ce roman aura rempli sa mission.