Bonjour à toutes et à tous. Avant toute chose, je m’excuse de ne pas avoir répondu à vos messages sur le blog. Je vous assure que je n’ai jamais autant écrit d’articles en aussi peu de temps et que j’ai l’impression de ne pas voir passer les journées. Si en plus vous rajoutez la préparation pour la Y/Con qui aura lieu ce week-end, je pense que vous comprenez 😉
Concrètement, donc, Titia, pour répondre à ta remarque, ce livre n’est pas un cliché de romance de Noël. Et il n’est pas gnan-gnan. Au contraire, il a un côté assez sérieux pour une romance de Noël et en même temps profondément touchant et humain. On n’est pas dans la romance de Noël qui enchaîne les scènes humoristiques avec de grosses ficelles. Caroline aborde des sujets qui nous touchent toutes de près ou de loin, comme le deuil, la déception, le besoin de contrôler ce qui nous entoure pour avoir l’impression de ne pas perdre pied… Bref, Lina est un personnage réaliste qui nous ressemble !
D’ailleurs, je vous remets la quatrième de couverture parce que Gaëlle a fait en sorte qu’on le comprenne à la lecture.
La quatrième de couverture du Chalet des coeurs givrés de Caroline Peiffer
Libraire au rayon romance de L’Écureuil lecteur, Lina pensait avoir une vie toute tracée. Jusqu’au jour où son compagnon débarque au beau milieu de la décoration du sapin de Noël pour lui annoncer qu’il la quitte, à quelques mois de leur mariage.
Afin de se reconstruire, Lina laisse Berlin derrière elle et part pour Tegernsee, le petit village bavarois de son enfance. Lorsqu’elle pousse la porte du chalet de ses parents, les souvenirs rejaillissent, et la voilà confrontée à ce qu’elle a fui il y a maintenant cinq ans.
Embarquée malgré elle dans une vente caritative de biscuits, Lina tombe sur Andrea, une ancienne camarade de classe. Devenue professeure, Andrea est toujours aussi lumineuse et spontanée. Pourtant, très vite, Lina comprend que, sous ses sourires de façade, le décès brutal d’un proche a emporté une partie de sa joie de vivre. Un sentiment que la jeune libraire ne connaît que trop bien.
Entre marché de Noël et balade en raquettes, Lina et Andrea se découvrent sous un autre jour. Mais Lina n’est là que pour les fêtes, et Berlin l’attend. Est-elle réellement prête à écrire le premier chapitre d’une nouvelle romance ?
La couverture du roman de Caroline Peiffer : Le Chalet des coeurs givrés
La couverture est signée de Gaëlle. Gaëlle, qui possède un côté perfectionniste, qu’elle peut pousser à l’extrême. Par exemple, elle peut rester 5 heures rivée à son écran d’ordinateur pour déplacer les flocons de neige de la couverture. Je ne dis pas qu’elle l’a fait sur cette couverture, je vous laisse deviner si c’est le cas ou non 😂 Ce que je trouve incroyable, à chaque fois, quand Gaëlle fait des couvertures, c’est qu’elle arrive à avoir une vision des couleurs et de la manière dont il faut réunir les éléments sur l’image.
Par exemple, là, elle est partie de ces deux photos. Des photos d’illustrations achetées sur Shutterstock qu’elle a retravaillé en déplaçant les éléments. L’avantage des images vectorielles !
Mais pour que ça colle, elle a modifié les couleurs, a redimensionné les éléments et tout et tout. Finalement, quand on regarde, on n’a pas du tout l’impression que ce sont deux images qui ont été réunies, mais que la couverture a toujours été ainsi. Et je trouve que c’est le tour de force de son travail.
Ce qui donne quand elle a eu tout terminé… Tadam !
Le presque extrait de la romance de Noël queer Le Chalet des coeurs givrés de Caroline Peiffer
J’espère que cette petite présentation du travail sur la couverture vous aura plu. Sinon, sachez que dans ce roman de Caroline, vous allez apprendre plein de choses l’air de rien. Parce Caroline est professeure d’histoire-géographie et qu’elle est totalement fan de l’Allemagne. Du coup, vous allez découvrir Louis II de Bavière, les châteaux qu’il a imaginé (et si vous êtes comme moi, vous allez aller chercher sur Google et vous dire « Waouh ! C’est impressionnant ! »). Découvrir toute une série de pâtisseries et regretter de ne pas habiter, comme Lisa Willem, vers Strasbourg et donc près de l’Allemagne et donc ne jamais les avoir goûtées de votre vie ! Vous dire que vous pourriez essayer de les cuisiner, voir que sur le tuto, le cuistot qui a quand même une chaîne où il ne fait que des recettes, dire que c’est dur et donc renoncer… Oups, j’ai encore trop parlé, enfin écrit.
Je vous laisse avec l’extrait. Lina a accepté de participer à une vente de gâteaux au profit de l’école après avoir été invitée par les anciens amis de ses parents. Elle se sent un peu prise au piège, mais va pouvoir revoir une ancienne camarade de classe à cette occasion…
L’extrait du Chalet des coeurs givrés de Caroline Peiffer
Si j’avais mieux vérifié les dates avant de fuir Berlin pour me retrancher au fin fond de la Bavière, je me serais sûrement rendu compte qu’arriver la veille des vacances scolaires était une bien mauvaise idée. À un jour près, j’aurais pu échapper au concert donné par les élèves du Gymnasium. Moi qui m’étais juré de ne rien avoir à faire avec Noël cette année, je me retrouve à fixer de vieilles robes que j’ai trouvées dans mon armoire, sans savoir laquelle porter ni pourquoi je m’inflige une telle épreuve. Objectivement : cela va être un bon moment. Toutefois, j’aurais préféré passer toute ma journée à pâtisser, ranger ou lire devant la cheminée en ressassant mes pensées moroses, plutôt que d’assister à des chants religieux.
Debout face à ma commode, je tente de me persuader que sortir me fera du bien, en tout cas plus que déprimer dans la maison où l’âme de mes défunts parents imprègne chaque recoin. Après moult tergiversations, je me décide pour une robe en velours bleue et d’épais collants, surprise qu’ils m’aillent encore, même cinq ans après. Le tissu sent le renfermé, ce qui est logique. La pauvre robe est restée dans ce placard comme une malpropre, pendue misérablement à son cintre avec ses condisciples. En sortant de chez le notaire, quelques semaines après l’enterrement, je me suis promis de revenir ici pour faire du tri, voire organiser un vide-grenier, mais le chagrin m’envahissait tant que je ne suis pas parvenue à m’y résoudre. Ce sont justement Elke et Tomas qui se sont chargés de m’envoyer quelques affaires, puis de fermer les lieux. Par la suite, j’ai été trop prise par mes études, mon travail, puis la vie.
La vérité, c’est surtout que je fuyais.
Aujourd’hui, je me rends compte que ces prétextes n’ont été que de pâles excuses pour éviter de me confronter à mon deuil. En arrivant à Berlin, je me suis inventé une nouvelle vie et suis repartie de zéro. Je voulais recréer un foyer, un cocon réconfortant auprès d’une personne qui ne m’abandonnerait jamais. Est-ce pour cette raison que je me suis accrochée à Anselme, refusant d’admettre ses défauts, comme son absence d’intérêt pour notre couple ? Possible. J’avais conçu un décor parfait, que personne n’avait le droit d’ébranler, et voilà où j’en suis aujourd’hui.
Mon conte de fées n’était qu’une parodie et elle a été engloutie par le néant.
Je secoue la tête pour chasser ces pensées moroses et quitte ma chambre. Même si je souhaitais tenir Noël à distance pour éviter de me confronter au bonheur des autres – miroir inversé de ma situation actuelle –, je commence à me demander si, finalement, la clef de ma guérison ne se trouve pas dans cette fête traditionnelle. Après tout, depuis l’enfance, j’aime la magie émanant de cette période, l’atmosphère enjouée, les couleurs rouge et dorée, l’impression que tout ira toujours bien. Pourquoi ne pas m’enfermer dans cette magie factice pour repousser mes idées noires ? Je suis douée pour sculpter des décors, alors autant embrasser Noël et afficher un sourire à toute épreuve.
Animée par cette nouvelle soif d’avancer, je m’arrête dans la cuisine pour récupérer les biscuits que j’ai passé l’après-midi à confectionner. Dans le but de tromper l’ennui, j’en ai préparé plusieurs plateaux que je comptais déguster devant Love Actually. Hugh Grant devra attendre, car, pour l’heure, je vais les offrir à Andrea, dans un don généreux.
Prise d’un doute, je décide quand même d’envoyer un SMS à Elke pour savoir si – sanitairement parlant – j’ai le droit d’amener des biscuits. On ne sait jamais, un élève pourrait être allergique au gluten, à la cannelle, au beurre ou au sucre – et Dieu sait qu’il y en a à l’intérieur. La réponse ne se fait pas attendre :
Bien sûr que tu peux !
Andrea sera ravie que tu l’aides.
Le stand est devant l’église, tu pourras t’installer à côté.
Comment ça, m’installer à côté ? Qui a dit que j’allais participer à la vente de biscuits avec mon ancienne camarade ? Je comptais juste les lui donner pour enrichir son étal, non mettre la main à la pâte – façon de parler. Je marmonne dans ma barbe inexistante en me fustigeant de m’être une nouvelle fois fait piéger et cherche mon manteau du regard, que je finis par récupérer sur l’un des fauteuils, caché sous un plaid. Une fois enfilé, j’attrape mes tupperwares à biscuits, puis quitte le chalet.
Dehors, l’air est glacé, mais, par chance, le vent ne souffle pas aujourd’hui. De minuscules flocons tombent du ciel et s’échouent sur le lac que je longe pour remonter jusqu’au Gymnasium. Comme la veille, retrouver le calme de cet endroit dans lequel j’ai grandi, respirer des effluves humides et gelés et me confronter à la piqûre du froid m’aide à chasser mes idées moroses. Je passe devant un embarcadère situé face à la mairie, puis laisse un restaurant sur le côté pour m’enfoncer sur un petit sentier menant au Gymnasium.
L’établissement est une ancienne abbaye bénédictine, fondée au VIIIe siècle par Adalbert et Otkar, deux Bavarois. Depuis, le bâtiment a été réaménagé, servant d’abord de bibliothèque et salle d’archives, avant de devenir au XIXe siècle la propriété du roi de Bavière : Maximilien Ier. Ce n’est qu’en 1817 que le lycée académique a été créé. Le Gymnasium bénéficie d’un cadre exceptionnel, face au lac, et les élèves partagent les locaux avec un restaurant, une brasserie et une église. Lorsque j’arrive devant le lieu de culte, j’aperçois rapidement les deux tréteaux qui ont été installés et la jeune femme qui s’occupe de déposer des gâteaux sur de grandes nappes.
Mon cœur manque un battement en la remarquant et mes mains deviennent moites. Je me sens comme au lycée alors que j’observais le groupe des élèves sportifs et populaires, tout en songeant que je ne leur ressemblerais jamais. Est-ce qu’Elke l’a prévenue de ma venue ? Comment prendra-t-elle le fait de se retrouver face à la femme qui l’a bousculée dans le train et ne l’a même pas reconnue ? Quoique, au fond, qui a bousculé l’autre en premier ? Il faudrait analyser la scène à partir de caméras de surveillance, et la visionner au ralenti, pour identifier la coupable.
Gênée, je m’avance à petits pas, jusqu’à atteindre un espace aéré où se trouvent déjà quelques élèves venus prêter main-forte. Des chants de Noël sont diffusés via une enceinte qui trône à côté d’un Apfelstrudel et d’un Donauwelle[1].
— Grüß Gott[2], salué-je.
Autant attaquer directement par du bavarois, histoire d’éviter la stigmatisation, de m’attirer la sympathie et de rappeler mes origines. Si les élèves me jettent à peine un coup d’œil, Andrea relève aussitôt la tête et me dévisage, les sourcils plissés. Ses cheveux bouclés et méchés sont dissimulés sous un bonnet rouge avec un pompon blanc et, cette fois, mon regard est happé par ses iris aux couleurs particulières, mélange de vert et de noisette.
— Grüß Gott, répète-t-elle en écho.
Aucun sourire n’habille ses traits, et je reste aussi figée que les statues qui décorent l’église, mes doigts crispés autour de mes tupperwares. Elke a commis une erreur en m’invitant, je n’aurais jamais dû venir ici. Hugh Grant était peut-être un bien meilleur plan ? Pourtant, après quelques secondes, les lèvres d’Andrea s’ourlent d’un sourire lumineux et mon cœur se remet à battre plus fort. L’envie de rentrer s’efface brutalement. Ses iris tombent sur mes tupperwares et elle quitte son stand pour s’avancer.
— Elke m’a dit qu’une mystérieuse inconnue viendrait me donner un coup de main pour la vente. J’ignorais que c’était la fille du train.
— À propos du train, je dois t’avouer que…
— Tu ne m’as pas reconnue ? me coupe-t-elle avec un sourire chaleureux. Ne t’en fais pas. C’est de ma faute. J’étais si surprise de te voir que ton prénom m’a échappé et, ensuite, j’ai pris conscience que plusieurs années s’étaient écoulées. On a beaucoup changé en cinq ans, n’est-ce pas ? Enfin, moi surtout. Toi, tu es restée la même.
J’avais oublié qu’elle parlait autant. Dans le fond de la classe, où elle était assise avec ses amis, je l’observais souvent qui gesticulait, conversant avec les mains, telle une Italienne. Ces gestes me reviennent en mémoire et m’arrachent un nouveau battement de cœur. Andrea a toujours su captiver son auditoire, elle rayonne à l’image d’un soleil chatoyant, alors que des nuages recouvrent le ciel. Cette constatation me fait un drôle d’effet, comme un mélange de jalousie et d’envie. J’ignorais qu’elle se rappelait avec autant de précision la fille que j’étais, installée avec un livre au premier rang.
— Tu as amené des biscuits ? demande-t-elle en pointant mes tupperwares du doigt.
— Oui ! déclaré-je au moment de lui présenter les trois boîtes, heureuse de cette diversion. J’ai fait des Lebkuchen et des Zimtsterne. Ah, et quelques Butterplätzchen aussi.
— Je ne savais pas que tu pâtissais.
— Moi non plus.
Du regard, je désigne les gâteaux dignes du Café Frischhut, une pâtisserie prisée par tous les Bavarois, située au marché des victuailles de Munich. Andrea suit mon regard avant d’éclater de rire.
— Oh, ça ? Ce sont les élèves qui les ont préparés. Crois-moi, tu ne veux pas goûter mes biscuits.
En réalité, j’aurais bien aimé, car du temps où j’étais sa camarade de classe, je me suis persuadée qu’Andrea avait tous les talents. À cette époque, moi non plus, je n’étais pas douée pour confectionner des gâteaux. J’ai appris grâce à Kaïs, qui m’a invitée à plusieurs reprises chez lui pour l’aider à fabriquer des chocolats et des biscuits dont il fait la distribution durant les fêtes.
— N’est-ce pas de l’exploitation de mineurs que d’obliger des élèves à cuisiner ? lancé-je sur le ton de la rigolade.
— Tu parles ! Ils adorent ça. Et c’est pour la bonne cause.
D’un geste de la main, elle m’indique de la rejoindre derrière le stand avant de me présenter les adolescents qui l’accompagnent : Klaus, Friedrich, Greta et Marlene. Je les salue tour à tour et me fraie une place parmi ce beau monde qui m’aide à trouver le meilleur emplacement pour les biscuits. Les sablés finissent dans une petite coupelle rapportée par Klaus, tandis que les étoiles à la cannelle s’alignent fièrement aux côtés des biscuits en pain d’épices. Après nous en avoir demandé l’autorisation, Andrea propose que l’on prenne une photo du stand, tous ensemble, avant l’arrivée des clients. Le concert commence à 18 heures, nous avons deux bonnes heures devant nous pour tout écouler. Heureusement, les parents d’élèves et les habitants sont au rendez-vous. Ils se prêtent au jeu, achètent parfois une part de gâteau et des biscuits, avant d’aller s’installer en terrasse du Biergarten pour déguster une pinte. En fin de compte, ce n’est pas très différent de mon travail en librairie. Andrea ne tarde pas à s’apercevoir que je manie l’art de rendre la monnaie comme elle celui d’attirer les passants. Rapidement, elle se retrouve à alpaguer la foule tandis que je m’occupe des transactions. Les élèves emballent les gâteaux dans de petites serviettes et, lorsque l’église sonne l’heure du concert, le stand est presque vide.
[1] On l’appelle aussi la « Vague du Danube ». C’est un gâteau marbré avec des couches de cerises, de crème au beurre et de glaçage au chocolat, dont l’aspect rappelle des vagues.
[2] « Bonjour » dans le dialecte bavarois.
Quand on compare les deux images originales avec la couverture définitive, on perçoit de suite le travail au millimètre de Gaëlle ( Merci Isabelle 🙏👍). Harmonie des couleurs, éléments essentiels résumant l’histoire. J’adore le parallélisme des deux fumées et ce coeur chaud en offrande 💝💖🥰 Encore bien joué Gaëlle !!👸
Lina en détresse…Dépêche-toi Andréa !🏃♀️