Vingt ans à m’attendre : Interview de Lennie Kirene Smith

Vingt ans à m'attendre - Illustration Camille Gros

Découvrez une nouvelle autrice qui publie son premier roman : Lennie Kirene Smith à travers cette interview

Bonjour, Lennie, Vingt ans à m’attendre est ton premier roman. Donc, avant d’aller plus loin, est-ce que tu peux te présenter à nos lecteurices ? Leur parler de ton parcours personnel et d’écriture ?

C’est dur, de se présenter !

Avant tout bonjour, je suis Lennie et j’ai écrit Vingt ans à m’attendre. J’ai toujours aimé l’art, plus précisément le cinéma, et j’avais tendance à écrire pour m’amuser quand j’étais plus jeune.

À la suite d’une année intense, j’ai eu un rêve qui a été très marquant et j’ai décidé de commencer à l’écrire. Sauf que, plus j’avançais dans les flashs dont je me souvenais, plus une intrigue complète commençait à se dessiner. Les personnages prenaient vie et parlaient de plus en plus fort, haha !

L’écriture est revenue à moi de manière intense, un peu comme un exutoire, mais, au final, je pense que c’est surtout devenu mon refuge.

Finalement, avec beaucoup de hasard et énormément de chance, ma première histoire est publiée. Donc merci à Reines de Cœur pour leur confiance et, surtout, leur aide !

Vingt ans à m’attendre : une histoire d’amour qui prend son temps

Vingt ans à m’attendre est une romance, mais pas que. Peux-tu nous la présenter en quelques mots pour donner envie de la découvrir ?

Dans cette histoire, nous suivons deux protagonistes sur plusieurs décennies. Nous découvrons leurs aventures, leurs doutes, leurs instants de bonheur, leur cercle d’ami·e·s, bref, leurs vies !

Je dirais que le livre a différentes thématiques qui me tiennent à cœur, comme la représentation de l’amour sous plusieurs formes (amical ou romantique), de la communauté LGBTQIA+, du féminisme et, surtout, de la santé mentale.

Le roman s’étend sur plus de trente ans, de 1992 à 2026. Pourquoi avoir choisi de raconter une histoire d’amour sur un temps aussi long ?

Ce qui me touche le plus dans les romances n’est pas forcément, et uniquement, les personnages qui se rencontrent et se mettent ensemble, mais comment construire une histoire sur le long terme. Souvent, les représentations que je trouve s’arrêtent au moment de la mise en couple, comme s’il s’agissait de la finalité de la romance. Or, pour moi, ce qui est intéressant est également le « après » : comment trouver son équilibre dans cette nouvelle situation et, surtout, comment avancer à deux dans la même direction.

Interview de Lennie Kirene Smith : Présentation de l’héroïne et de son love interest…

Tu as écrit toute l’histoire à la première personne, du point de vue de l’héroïne. Peux-tu nous la présenter ?

L’Héroïne est spectatrice de tout. De la vie des autres, mais surtout de la sienne. Afin de se protéger, elle est dans un état de déni constant, ne prenant pas de décision pour elle-même. Elle doit apprendre à s’écouter, elle et ses envies, pour trouver le bonheur.

Et Virgina, cette autre héroïne qui bouleverse la vie de l’Héroïne dès le collège ?

Elle est la Queen B qui ne désire pas l’être ! Virgina est belle, drôle, a de l’esprit et attire tout le monde. Sauf qu’elle ne le veut pas : avoir les regards de tous et toutes a forcément des conséquences.

Comme le dit l’Héroïne, Virgina pourrait être le poison parfait, mais elle semble être l’antidote à la vie.

Mais, sous cette perfection apparente, se cachent une souffrance et un besoin d’être acceptée.

Tu as choisi de ne jamais donner de prénom à ton Héroïne, laissant les lectrices et lecteurs lui en choisir un. D’où vient cette idée et qu’est-ce qu’elle apporte selon toi à la lecture ?

Ce détail me paraissait une évidence lors de l’écriture et, grâce à la narration à la première personne, ce n’était pas dur à jouer. C’était même assez amusant !

Plus j’avançais dans l’intrigue et plus je trouvais intéressant de ne pas lui donner de prénom. Peut-être que cela permettra aux lecteurices de s’identifier !

Un slow burn lesbien qui s’étale sur plusieurs années

L’histoire commence par une amitié qui dure de longues années avant de devenir une histoire d’amour. Qu’est-ce qui te plaît dans l’écriture d’un slow burn aussi long entre deux personnages ?

Je n’avais pas vraiment envie de faire un slow burn, mais cela s’est fait naturellement. Comme je voulais évoquer de nombreuses thématiques qui me tenaient à cœur, je n’avais pas d’autres choix que prendre le temps.

Jouer avec le point de vue des personnages, semer des graines qui germeraient plus tard dans l’histoire était, finalement, très intéressant !

Une amitié aussi forte que la romance

Le groupe d’ami·e·s autour de l’Héroïne et de Virgina, avec Jeremy et Cynthia notamment, tient une place importante. Pourquoi voulais-tu montrer une histoire d’amitié aussi forte à côté de la romance ?

Il y a plusieurs raisons.

Déjà, parce que je trouvais qu’il était plus réaliste que les protagonistes aient un vrai univers autour d’elles : en les suivant si longtemps, dans une narration qui n’était pas un huis clos, il ne me semblait pas logique que personne ne gravite autour d’elles.

De plus, chaque personnalité me permettait d’aborder une thématique particulière qui me tenait à cœur. Ce groupe d’ami·e·s s’est donc créé naturellement.

Enfin, je trouve qu’on sous-estime l’amour amical. Il s’agit d’un type d’amour qui me semble aussi nécessaire que le romantique. Ce livre, c’est un peu une lettre d’amour à tout cela : à la famille, à la famille qu’on choisit avec les ami·e·s, et à la romance qu’on s’autorise à avoir.

Suivre son propre rythme : la question du coming out

Tu abordes la question de la préférence amoureuse et du coming out en disant qu’il est important de suivre son rythme, de s’écouter, de le faire quand on se sent prêt·e. C’est un sujet qui te tient à cœur ?

Je pense que c’est un sujet primordial qui devrait être un non-sujet. Chaque personne peut être qui elle est et aimer qui elle veut.

Cependant, nous vivons dans une société qui cloisonne et qui catégorise, par simplicité et nécessité pour certains. Mais rien n’est simple dans les émotions.

Un coming out est comme un cliché à un instant T. Qui peut dire de quoi l’avenir sera constitué ? Si une situation change avec le temps, cela ne signifie pas que ce qui a été transmis avant est un mensonge. Je pense qu’il y a plusieurs coming out dans une vie et que le cadre imposé autour de nous peut être, parfois involontairement, violent. Il est donc important de prendre le temps qu’il faut pour dire ce que l’on ressent, uniquement quand c’est le bon moment. Le but n’est pas de se mettre en danger ou d’être en insécurité. Il arrive aussi que les personnes soient mieux entourées que ce qu’elles ne pensent, et il me semble intéressant aussi de l’évoquer.

Quoi qu’il en soit, l’important, c’est de s’écouter.

Aborder des sujets forts sans perdre le ton feel good

Le déni, la dépression, le sport de haut niveau sont des thèmes présents dans le roman sans qu’ils ne prennent trop de place. Comment as-tu réussi à les intégrer sans jamais perdre le ton feel good que tu voulais donner à l’histoire et la romance ?

Pour être honnête, je doutais souvent en me demandant si je ne perdais pas ce côté feel good ! Peut-être que j’avais besoin d’aborder ces thèmes durs avec légèreté.

Avec du recul, je pense que c’est la dynamique des personnages qui permet cela : elle arrive à contrebalancer les moments plus intenses. Je pense que c’est aussi une leçon que j’ai par rapport à ce qui est raconté. L’amour et le soutien aident à faire face à des souffrances plus profondes.

Qu’aimerais-tu que les lectrices et lecteurs retiennent de leur lecture de Vingt ans à m’attendre ?

J’espère que vous retiendrez que, même si vous vivez des moments durs, vous n’êtes pas seul·e·s. Et, si c’est ce dont vous avez besoin, vous pourrez toujours trouver de l’amour et du soutien.

Ce sont les imperfections qui font que nous sommes humain·e·s et nous pouvons être aimé·e·s pour cela. Ce que nous considérons être nos démons n’est pas une fatalité.

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