Clémence Albérie raconte une histoire qui sort de l’ordinaire…
Clémence, tu es chez Reines de Cœur depuis dix ans avec plus d’une dizaine d’histoires à ton actif. Et pourtant, tu continues à nous surprendre. Comment fais-tu ?
[Rires] Je crois que c’est grandement dû à mon cerveau qui me surprend moi-même. J’adore aller dans des directions atypiques, surprendre par les sujets que j’aborde ou les contextes et décors dans lesquels je fais évoluer mes personnages.
Je suis très attachée au fait de raconter des tranches de vie avec de vrais humains comme vous et moi. Ce sont ces personnages que j’aime écrire. Et j’aime à penser que tout un chacun peut vivre des aventures extraordinaires ! Dans un train, dans un restaurant, dans un petit village, peut être un jour au volant d’un camion ou en pleine transhumance ! Alors pourquoi pas un bateau de pêche à la crevette [rires].
Présente-nous Toi, moi et l’océan ! C’est quoi l’histoire, et surtout, comment tu la vendrais à quelqu’un qui ne t’a encore jamais lue ?
Cette histoire, c’est une romance sans frontières. C’est l’histoire d’amour entre Carine, barmaid gérante folle amoureuse d’Albane, une matelote sans attaches. Toutes deux s’aiment, mais Albane, mariée à l’océan, a du mal à s’engager. Bien décidée à prouver à sa belle et tendre que leur amour est possible et a de l’avenir, Carine va se faire embarquer dans son monde océanique pour lui prouver que leurs vies peuvent être compatibles.
C’est une romance pleine d’humour qui traite de conviction, de détermination et de jusqu’où certains sont prêts à aller par amour. Mais c’est aussi un roman qui évoque les limites et la prise de conscience des limites de l’autre.
Parfois on croit bien faire en s’y prenant mal. Il faut de l’humilité pour le réaliser et l’accepter.
C’est également une romance bourrée d’humour, de situations rocambolesques et d’un invité surprise poulpesque que vous allez adorer !
Un huis clos sur un bateau au milieu de l’océan
Le décor, c’est un crevettier en plein océan. On t’imagine bien en train d’écrire avec Forrest Gump en tête. D’ailleurs, tu l’évoques toi-même dans ton mot d’autrice. Comment on écrit une romance lesbienne sur un bateau de pêche à la crevette sans tomber dans le cliché hollywoodien ?
C’est une très bonne question et pour être honnête… c’est très compliqué. Nous avons tous nos influences et comme leur nom l’indique… elles influencent ! Du coup il faut pas mal de recherches… échanger avec des personnes qualifiées et tordre le cou à notre propre conditionnement pour ne pas les véhiculer à tort ! Et un bon travail éditorial pour nous aider à ça [rires].
Carine et Albane sont dans une impasse dès le premier chapitre : l’une veut s’engager, l’autre fuit. C’est un moteur classique de la romance, mais tu donnes une raison très concrète : la mer. Comment tu as travaillé ce lien entre la peur de l’engagement d’Albane et son rapport à l’océan ?
Albane est une belle personne, l’un des personnages qui m’a le plus touchée dans mon parcours d’autrice. Elle est brisée par son passé et se cramponne à ses nouvelles fondations qui sont pour elle une bouée de sauvetage. La mer, la pêche, son capitaine l’ont sauvée. Elle est si profondément marquée par son passé qu’elle ne parvient plus à voir que son bonheur peut croître sans l’obliger à renoncer à ce qu’elle a.
Elle a tellement peur de souffrir et faire souffrir que l’océan est devenu autant son horizon que son point de fuite. Un compagnon rassurant qu’elle maîtrise et ne craint pas. L’amour, par contre, c’est tout autre chose pour elle. C’est l’inconnu, c’est l’ancrage, c’est le lâcher prise qu’elle a rayé de sa vie depuis trop longtemps et qui la terrorise.
Carine et Albane deux personnes à découvrir
Carine est prête à tout pour garder Albane et la convaincre que leur histoire doit durer. Tu n’as jamais eu peur de la faire aller trop loin ?
Oui et non. Carine va trop loin, c’est un fait. Elle est un bélier fou qui fonce avec toute la force de ses sentiments et ses convictions. Elle croit bien faire, très sincèrement et dans cette quête d’amour elle va devoir réaliser que savoir qu’une chose est possible ne signifie pas pouvoir y aller. Elle va, comme beaucoup d’entre nous avant elle, apprendre à cerner les limites de l’autre et à les respecter.
L’amour sincère peut rendre tête brûlée, emplir de certitudes et nous rendre aveugles aux peurs de l’autre. C’est aussi ça cette histoire. Chacune d’elle va apprendre à comprendre l’autre et se faire comprendre aussi.
J’aime vraiment beaucoup ces deux femmes aussi merveilleuses qu’imparfaites. J’ai eu à cœur dans cette histoire de leur offrir l’opportunité d’évoluer l’une et l’autre dans leur quête du bonheur.
Sur le bateau, il y a toute une équipe. Tu aimes quand il y a plein de personnages secondaires, n’est-ce pas ? Tu nous les présentes un peu ?
Oh oui j’adore !
Parfois ça rend l’écriture complexe, mais quand on raconte des tranches de vie… je trouve ça complexe sans l’environnement qui s’y rattache.
Comment raconter une aventure sur un bateau sans son équipage ? [Rires]
Parmi eux, nous avons Maël, un adorable matelot poète et lyrique qui détonne dans cet univers rustre qui sent le poisson. Pourtant, il est un pilier du bateau et le pilier de Carine dans sa folle aventure.
Marco est notre cuistot aussi bougon que gentil, un grand cœur qui s’ignore qui parle en métaphores océaniques parfois dures à suivre et pourtant très justes. Il a noué une relation fusionnelle avec la mascotte du bateau… le bien nommé… Jean Poulpe.
Le Capitaine est le mentor d’Albane, un homme juste qui aime la jeune femme comme un père aime sa fille. Il est aussi solide que son bâtiment.
Gérard, son second, est un râleur invétéré. Pour lui, la navigation n’est pas un jeu, vous comprendrez pourquoi ! Il est le personnage qui va le plus malmener Carine avec sa mauvaise humeur et sa colère de la voir rester à bord. Mais ne vous fiez pas aux apparences… Gégé aussi peut vous surprendre.
Jean-Poulpe, un personnage à part entière !
Jean-Poulpe mérite sa propre question. Parce que franchement, un poulpe narrateur qui se prend pour le capitaine du chalutier et développe une rivalité acharnée avec Carine, c’est une idée qui ne vient pas de nulle part. D’où tu la sors ?
D’où je la sors ? Je ne sais pas… mais j’adore mon cerveau ! J’aime les running gags quand ils sont légers. Et j’adore les potentiels comiques qu’apportent les animaux dans un ouvrage. Ce poulpe a toujours été une évidence pour moi dans cette histoire, même si je ne pensais pas lui donner autant de place. De fil en aiguille, chapitre après chapitre, il s’est imposé à moi comme il a su s’imposer dans le cœur de tous les marins et surtout de son Marco d’amour.
Il aime son bâtiment Jean-Poulpe, alors forcément… une passagère clandestine ne pouvait que l’agacer ! Si elle avait su respecter son autorité, il n’y aurait pas eu de problèmes entre eux… mais voilà… elle ne l’a pas fait [rires].
Après dix ans et autant de titres, est-ce que l’enthousiasme est toujours là ? Qu’est-ce qui te pousse à continuer l’écriture ?
Oh oui ! Toujours là et pour encore de nombreuses aventures ! J’ai encore tant d’histoires à raconter, tant d’héroïnes à mettre en lumière. Toutes ces romances bouillonnent dans mon esprit et me donnent envie de ne jamais arrêter ! Je me passionne aussi pour les 4 mains en parallèle de mes romans solo. Apprendre auprès d’autres collègues autrices est une aventure fabuleuse dans cette activité parfois si solitaire. Et puis l’écriture c’est l’aventure Reines de Cœur et ça je ne suis pas prête à m’en priver ! C’est trop merveilleux autant professionnellement qu’humainement.