Interview de Solène Nahodha l’autrice du roman Voies d’Ombres

Solène Nahodha 2025

Interview de Solène Nahodha pour la sortie de son premier roman de fantasy saphique

Bonjour Solène ! Pour commencer, peux-tu présenter en quelques mots Voies d’Ombres à nos lecteur·ices ?

Bonjour Isabelle ! Voies d’Ombres emmène les lecteurices dans un monde de fantasy médiévale à la rencontre de Theïs, une Maîtresse d’armes, de sa meilleure amie Ellyn, Capitaine de la garde rapprochée de la Souveraine, et de Sen, une jeune assassine repentie que Theïs va tenter d’orienter vers un avenir plus respectable. Un vrai défi quand la méfiance règne et que Theïs se laisse distraire par la tournure inattendue qu’a pris sa relation avec Ellyn.

Pourquoi avoir choisi de réutiliser un univers déjà utilisé dans ta nouvelle Les Ombres d’Awëlla, mais un siècle plus tard ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de le revisiter avec de nouveaux personnages ?

C’est un univers où il fait bon vivre, notamment pour les personnes LGBT+. Ce qui n’est pas si courant en fantasy. Le Pays Thän est un endroit où je me sens bien, j’avais donc envie d’y retourner, de continuer à l’explorer et de découvrir plus de détails. Notamment sur les Ombres de Thän et leurs tatouages — le seul aspect magique de l’univers. Le décalage d’un siècle avec les événements de la nouvelle m’a surtout permis de changer le ton de la narration. Fini les contes et légendes, dans Voies d’Ombres, on est proche des personnages et de l’action.

Un univers violent où l’histoire et l’action sont au coeur du récit…

Ton univers est assez violent, dans un contexte de fantasy médiévale. En quoi était-ce important pour toi que ce soit le cas et qu’est-ce que tu penses que ça apporte à l’histoire ?

Si Voies d’Ombres est loin de la violence qu’on peut rencontrer habituellement en fantasy, comme dans Le Seigneur des Anneaux ou Game of Thrones, il y a quand même des tentatives de meurtre, des escarmouches et des combats, avec les conséquences qu’on peut imaginer sur les héroïnes. Toutes ces situations rythment le récit et représentent des difficultés pour les personnages. Elles amènent de la tension et du danger. Elles soulèvent aussi des interrogations. Par exemple, Theïs et Ellyn, qui ne combattent que dans le but de protéger, réussiront-elles à convaincre Sen de faire preuve de retenue, elle aussi ?

Tu n’as pas une, ni deux, mais trois héroïnes. Pourquoi ? Et peux-tu nous parler un peu de chacune d’entre elles ?

Parce que je me suis complètement faite débordée par Sen et Ellyn, voilà pourquoi ! Au début, elles n’étaient que des personnages secondaires, voire des figurantes. Mais au fil de l’écriture, elles sont arrivées au premier plan. Theïs a été bien sympa de les laisser s’incruster.

La Maîtresse d’armes est exigeante, envers elle-même comme envers ses élèves. Sous ses airs revêches et derrière son côté têtu se cachent un sens du devoir hors norme, une profonde bienveillance et un cœur tendre — ainsi qu’un humour douteux.

Ellyn est son amie d’enfance. Désormais Capitaine des Ombres de Thän (la garde rapprochée de la Souveraine), elle est entièrement dévouée à sa fonction, dans laquelle elle excelle grâce à son intelligence et son sérieux. Pour arriver jusque-là, elle a énormément travaillé… Et elle a aussi dû enfouir les sentiments amoureux qu’elle ressentait pour Theïs, un choix pas toujours facile à assumer…

Sen est une élève assassine à qui la vie donne une seconde chance. Alors qu’elle est habituée à tuer, voler, menacer, elle doit maintenant s’intégrer à la vie du palais, où tout le monde est prêt à se sacrifier pour la Souveraine. Une volte-face compliquée à gérer. D’autant qu’elle se sent plus à l’aise avec les chevaux qu’avec ses nouveaux camarades, ce qui ne la rend évidemment pas populaire.

Des héroïnes avec du caractère, mais aussi des forces et des faiblesses

Tes héroïnes ont-elles des traits de caractère qui t’ont particulièrement plu à développer ? As-tu une préférée, et qu’est-ce qui te touche le plus chez chacune d’elles ?

J’ai adoré travailler le côté loufoque de Theïs. Il est à contre-pied de l’image austère qu’elle renvoie et j’ai mis du temps à trouver comment l’exprimer, et en compagnie de quels autres personnages. Samya et Djomolo, respectivement « mamie du palais » pince-sans-rire et palefrenier blagueur, m’ont beaucoup aidée. Ce qui me touche le plus chez elle, c’est sa difficulté à gérer certaines émotions. Elle compense par un excès d’activité physique qui m’a donné des courbatures rien qu’en l’écrivant.

Pour Ellyn, j’ai pioché dans le ressenti de beaucoup de personnes, notamment des femmes, qui manquent de confiance en elles. Elle doit lutter pour ne pas se laisser abattre par la petite voix du doute qui résonne dans son esprit, que ce soit dans le cadre de son métier ou dans sa vie sentimentale. Si cela l’empêche d’avancer aussi vite qu’elle le pourrait, cela la rend aussi incroyablement humaine et touchante.

À cause de son passé très sombre, Sen a dû se construire une solide armure mentale. J’ai beaucoup aimé l’aider à enlever une à une les pièces métalliques hérissées de picots derrière lesquelles elle se cachait et découvrir sa personnalité en même temps qu’elle. La voir s’ouvrir petit à petit aux autres personnages et nouer des amitiés sincères était un régal.

Je n’ai pas vraiment de préférée, mais si je dois en choisir une, je dirais Ellyn. La preuve, elle a pris une place bien plus importante que prévue… Et c’est quelqu’un sur qui on peut compter, quelle que soit la situation, une qualité que j’apprécie beaucoup.

Dans cette interview de Solène Nahodha, découvrez-en plus sur l’autrice

Y a-t-il des scènes ou des aspects du roman qui ont été particulièrement gratifiants à écrire ? Des moments où tu as eu l’impression que l’histoire prenait vraiment vie ?

Au début du roman, plusieurs gardes sont tués lors d’une attaque et la scène de funérailles qui s’ensuit a vraiment coulé toute seule. J’avais la sensation d’être parmi les personnages, de partager l’émotion collective et les inquiétudes de Sen, dont c’est la première apparition en public aux côtés de Theïs. C’était aussi l’occasion de pousser un peu plus loin le concept des ombres animales dont disposent les guerriers et guerrières qui protègent la Souveraine.

Les autres scènes où j’ai eu un ressenti similaire se trouvent dans la deuxième partie du roman, donc j’en parlerai une autre fois pour ne pas spoiler.

La romance entre tes personnages s’épanouit dans un contexte d’aventure et de danger. Comment équilibres-tu les aspects romantiques avec l’intrigue fantastique ?

J’ai beaucoup hésité à mêler les deux dans un projet aussi court : un seul roman, et même pas un pavé ! Puis, je me suis dit que c’était finalement le plus proche de la réalité. Combien de personnes ont rencontré l’amour pile au moment où leur vie professionnelle s’intensifiait, que ce soit à cause d’un changement de poste, d’un gros projet, d’un déménagement ou autre ? Comme toutes ces personnes, j’ai fait comme j’ai pu pour concilier les deux. Accorder du temps à la romance sans délaisser l’intrigue, voire utiliser l’une des deux pour alimenter l’autre et vice-versa.

La diversité, un sujet important pour Solène Nahodha

Quelle place occupe la diversité et la représentation dans ton écriture ? Est-ce important pour toi de proposer des héroïnes auxquelles tes lectrices peuvent s’identifier ?

J’ai longtemps râlé (et je râle encore) sur le manque de représentation lesbienne dans les œuvres de fiction, avant de prendre conscience que d’autres personnes étaient encore moins visibles. Il faut changer ça. C’est un sujet sur lequel je m’efforce de me tenir informée afin de continuer à déconstruire les biais dont je suis imprégnée. Pour l’instant, à ma toute petite échelle, j’essaye d’écrire des personnages aux profils variés. Qu’il s’agisse des héroïnes, des personnages secondaires, mais aussi des figurants et figurantes. On ne pense peut-être pas spontanément à ces personnages qui font partie du décor, pourtant leur présence (ou leur absence) en dit beaucoup sur la société dans laquelle se déroule le récit.

Clairement j’ai commencé à écrire parce qu’à l’époque, en tant que lectrice, je ne m’identifiais pas aux personnages que je rencontrais, surtout en fantasy. Le temps que je finisse le roman, le paysage littéraire a commencé à changer, et c’est tant mieux. Je suis contente que Theïs, Ellyn, Sen et les autres personnages de Voies d’Ombres viennent s’ajouter au panthéon disponible. Plus il est peuplé, plus les lecteurices pourront trouver chaussure à leur pied et savourer des livres qui les touchent et les inspirent.

As-tu un processus d’écriture particulier ? Des habitudes, des rituels ou un environnement qui t’inspirent quand tu écris ?

Pour écrire, j’ai besoin d’être dans ma bulle, devant mon ordinateur. Pas de musique, pas de distraction, et je mets parfois plus d’une heure à relire ce que j’ai déjà écrit pour « me mettre dedans » et continuer. Par conséquent, je privilégie les longues sessions, d’une demi-journée minimum. Je suis pour l’instant incapable d’écrire quand j’ai moins de deux heures, mais j’essaye de changer ça.

J’aime aussi réfléchir à mes projets quand je me balade, que ce soit à pied, en kayak ou en moto. Si j’ai des idées, je les note sur mon téléphone. Ça peut aussi m’arriver le soir dans mon lit, ou encore sous la douche.

Enfin, je fais partie d’un groupe d’auteurices. On s’encourage, on se soutient, on se bêta-lit entre nous, le tout dans une excellente ambiance, c’est très motivant.

Un univers de fantasy, riche et captivant à découvrir dans Voies d’Ombres

L’univers fantasy que tu as créé est riche et complexe. Comment procèdes-tu pour construire un monde cohérent ? T’inspires-tu de références particulières ou puises-tu dans ton imaginaire ?

Excel est mon meilleur ami. J’ai créé un document où j’ai consigné toutes les données géographiques, culturelles et sociales, ainsi que les événements qui ont marqué l’histoire de l’univers et les vies personnelles de mes héroïnes. C’est un document d’autant plus important qu’à la suite du roman, j’ai écrit deux autres nouvelles et qu’un deuxième roman est en cours de rédaction, toujours dans le même univers. J’espère que ces textes seront bientôt publiés, comme ça, les lecteurices à qui ce monde plaît pourront y retourner.

J’utilise mon imaginaire, mais il est très influençable et incorpore facilement tout ce que je lis ou vois. Par exemple, je soupçonne que l’idée des ombres animales me soit venue d’une publicité pour une voiture. Dans celle-ci, le conducteur avait un tatouage de dragon qui prenait vie pendant le trajet. Adolescente, j’ai aussi eu un véritable coup de cœur pour les romans de Pierre Botero et Gwendalavir, que je prends aujourd’hui encore plaisir à relire.

Qu’aimerais-tu que le public retienne principalement de Voies d’Ombres ? Quel message ou quelle émotion espères-tu transmettre ?

J’espère avant tout que les lecteurices passent un agréable moment. Et qu’ils ou elles gardent un bon souvenir de leur escapade au Pays Thän. Un peu comme s’ils rentraient de voyage : en ayant vécu des aventures palpitantes, rencontré des gens formidables, et avec l’envie de repartir bientôt.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site officiel de Solène Nahodha

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